Que visiter en Chine : 6 familles d'expériences à découvrir

Que visiter en Chine : 6 familles d'expériences à découvrir

Des amis, des lecteurs, parfois de parfaits inconnus me posent régulièrement la même question : « Si je pars trois semaines en Chine, qu'est-ce qu'il faut absolument voir ? »
La première fois, j'ai essayé de répondre sérieusement. J'ai parlé de Pékin, de Xi'an, de Shanghai. Puis de Guilin, des montagnes du Yunnan, du Sichuan. Au bout de quelques minutes, je me retrouvais à dérouler une sorte de top 15 des choses à voir en Chine.

La Grande Muraille, la Cité interdite, l'armée de terre cuite : tous ces lieux méritent leur réputation. Le problème n'est pas là.

Le problème, c'est qu'à mesure que la liste s'allongeait, j'avais l'impression de répondre à côté de la question. Parce qu'un voyage en Chine ne ressemble pas à une chasse aux monuments. On peut passer trois semaines à parcourir les anciennes capitales impériales, ou trois semaines les grandes villes, ou trois semaines à travers les marchés du Sichuan et les villages du Yunnan. Et tous ces voyageurs auront vu la Chine.

Ou plutôt une Chine.

C'est peut-être ce qui rend ce pays si difficile à raconter. On ne le visite pas comme un musée dont il faudrait voir toutes les salles. On y cherche quelque chose : une histoire, une ambiance, un rythme, une fascination particulière.

Alors plutôt qu'une liste de lieux à cocher, je vous propose autre chose : les grandes familles d'expériences que la Chine a à offrir. Non pas pour vous dire où aller, mais pour vous aider à reconnaître celle que vous, vous êtes venu chercher.

Le poids de l'Histoire

C'est souvent la première Chine que l'on imagine. Celle des manuels scolaires, des documentaires et des cartes postales : la Grande Muraille, la Cité interdite, l'armée de terre cuite.

Quand on prépare son voyage, on est parfois tenté de regarder ailleurs, comme si les lieux les plus connus étaient forcément les moins intéressants.

Ce serait une erreur. Ces lieux méritent leur réputation, et c'est souvent par eux qu'on entre.

La Grande Muraille, d'abord, n'est pas un long ruban posé bien à plat sur les collines, mais des kilomètres de murs qui montent sur les crêtes, plongent dans les vallées, disparaissent avant de réapparaître plus loin. Au bout d'une demi-heure de montée, les jambes tirent déjà. On comprend vite qu'elle n'a jamais été construite pour être belle. Elle a été construite pour tenir un territoire.

Grande muraille de Chine, Mutianyu

Encore faut-il choisir où la voir. À Badaling, près de Pékin, on la partage avec quelques milliers de personnes. Une heure de route plus loin, sur des sections comme Jinshanling, on monte presque seul.

L'armée de terre cuite à Xi'an raconte une autre histoire, celle de l'ambition. Six mille soldats alignés dans une fosse, chacun avec un visage différent. Quand on s'approche, ce n'est pas le nombre qui impressionne le plus, c'est l'obstination : celle d'un empereur qui voulait continuer à régner après sa mort.

La Cité interdite, enfin. Cour après cour, porte après porte, plus on avance, plus on mesure la distance qui séparait l'empereur du reste du monde. Rien n'y a été laissé au hasard ; tout était fait pour rappeler à chacun sa place.

Christophe Durandeau, Cité interdite, Pékin

C'est peut-être ce qui surprend le plus dans les grands sites historiques chinois : on vient y chercher l'Histoire, on y trouve des questions qui traversent encore le pays aujourd'hui.

Si cette Chine-là vous attire, prolongez le voyage vers le Bouddha géant de Leshan, les grottes de Longmen ou les anciennes capitales comme Luoyang et Nanjing.

Chacune répond à une logique précise, militaire, économique ou symbolique, dans une histoire où la capitale est un instrument plutôt qu'un héritage.

Le vertige des mégapoles

Beaucoup arrivent en Chine avec des images de pagodes, de temples et de toits recourbés. Je me souviens avoir eu les mêmes. Puis je suis sorti de la gare de Shanghai.

Ce qui m'a saisi, ce n'était pas la modernité ; beaucoup de villes dans le monde sont modernes. C'était l'échelle.

Des tours à perte de vue, des avenues démesurées, une ville qui semblait ne jamais s'arrêter.

Tenez-vous sur le Bund à la tombée du jour, dos aux anciens bâtiments coloniaux, face au fleuve. En face, Pudong s'allume peu à peu. Les tours se reflètent dans l'eau, la skyline prend possession de la nuit. Et l'on se rappelle soudain que ce paysage n'existait pas il y a une génération. Beaucoup de Chinois ont vu cette transformation de leurs propres yeux, dans une seule vie. C'est peut-être ça, le vrai choc : moins la taille des villes que la vitesse à laquelle elles sont sorties de terre.

Shanghai, Bund, Skyline de Pudong

Chongqing joue dans une autre catégorie. La ville est construite sur des collines abruptes, au confluent de deux fleuves, et semble avoir refusé toute idée de plan horizontal. Les routes s'entrecroisent à plusieurs niveaux, les immeubles surgissent des falaises, les stations de métro apparaissent là où on ne les attend pas. On croit être au niveau de la rue ; on découvre qu'on est au dixième étage. On finit par ne plus savoir où se trouve le rez-de-chaussée, et c'est précisément ce qui rend Chongqing inoubliable.

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Hong Kong, enfin, raconte une autre histoire. Entre la montagne et la mer, la ville n'a jamais vraiment eu d'autre choix que de pousser vers le haut. Les tours s'accrochent aux pentes, les immeubles se serrent les uns contre les autres, et sous cette forêt verticale, la vie déborde dans les rues : marchés, ferries, gargotes, vapeurs de dim sum. Depuis Victoria Peak, la ville apparaît d'un coup pour ce qu'elle est : des centaines de tours empilées sur un mouchoir de poche, jusqu'au bord de l'eau.

Ce qu'on retient de ces villes n'est pas leur modernité. C'est la sensation d'être dans un pays où le changement est devenu une expérience quotidienne.

En Europe, nous vivons au milieu de quartiers qui ont lentement accumulé les siècles ; en Chine, il n'est pas rare de traverser des paysages urbains qui n'existaient pas une génération plus tôt.

Le vrai spectacle n'est d'ailleurs pas la skyline vue de loin. C'est la rue au pied des tours. Un soir, à Chongqing, j'ai acheté quelques brochettes à un vendeur installé à un coin de rue. J'ai approché mon téléphone du QR code collé sur sa carriole, ça a fait « ding » et le haut-parleur a annoncé le paiement. Le vendeur a continué à retourner ses brochettes.

Des paysages qu'on ne voit nulle part ailleurs

Si les villes vous laissent froid, c'est peut-être cette Chine-là que vous cherchez. Pas des panoramas « à couper le souffle » comme dit la formule, mais des formes que la nature n'a dessinées nulle part ailleurs : des montagnes en forme de pains de sucre, des rizières taillées en escalier sur mille mètres de dénivelé, des pics de granit qui flottent au-dessus des nuages.

Commencez par Guilin et la rivière Li. Vous connaissez déjà ce paysage sans le savoir : ces montagnes karstiques qui se reflètent dans l'eau, c'est le verso du billet de 20 yuans. On descend la rivière sur un radeau de bambou, entre Guilin et Yangshuo, les pics défilent lentement sosu nos yeux. On a l'impression de voir un rouleau de peinture chinoise se dérouler.

Guilin, rivlère li

Le pêcheur au cormoran que vous croiserez ne pêche probablement plus rien ; il pose surtout pour les photographes. Mais les montagnes, elles, n'ont pas changé depuis que les poètes les chantaient.

Zhangjiajie, dans le Hunan, joue dans le vertige. Trois mille piliers de grès, certains hauts de deux cents mètres, qui jaillissent de la forêt et disparaissent dans la brume. On dit que le film Avatar s'en est inspiré ; le paysage n'avait pas attendu Hollywood. Des passerelles de verre ont été accrochées à flanc de falaise pour ceux qui aiment avoir le vide sous les pieds. Le matin, quand les nuages s'accrochent aux colonnes, on ne sait plus très bien où finit la roche et où commence le ciel.

zhangjiajie

Les rizières en terrasses racontent encore autre chose, et reposent peut-être sur un malentendu. À Yuanyang, au lever du soleil, les bassins inondés se transforment en miroirs et renvoient le ciel par fragments. On regarde ça et on réalise qu'on contemple moins un paysage qu'un travail : des montagnes entières sculptées, aménagées, entretenues pendant des siècles.

Rizières de Yuanyang au lever du soleil

Et puis il y a Huangshan, les montagnes Jaunes, dans l'Anhui. Des pics de granit, des pins accrochés à la roche, et cette fameuse mer de nuages au lever du soleil. C'est la montagne que des générations de peintres ont représentée à l'encre, au point qu'on a parfois l'impression d'entrer dans un tableau plutôt que dans un paysage.

En Chine, la nature n'est presque jamais sauvage au sens où nous l'entendons. Elle est habitée, cultivée, peinte, gravie depuis des siècles. Les plus beaux points de vue sont souvent ceux où les hommes et la montagne ont négocié pendant des générations.

La Chine paisible des villes d'eau

Après le béton et la foule, beaucoup de voyageurs cherchent un endroit où souffler. C'est la Chine de l'eau et de la lenteur : des canaux, des jardins, de vieilles villes où l'on flâne sans but.

Suzhou, à une heure de train de Shanghai, en est le meilleur exemple. La ville est souvent présentée comme la « Venise de l'Orient ». Si la comparaison a le mérite d'être rapide, elle est aussi trompeuse. Suzhou est aujourd'hui une grande métropole, et l'on ne tombe pas sur ses canaux en sortant de la gare. Il faut aller les chercher dans les vieux quartiers.

Suzhou, canaux

L'eau se glisse entre les maisons blanches, apparaît au détour d'une ruelle, disparaît derrière un mur avant de réapparaître quelques centaines de mètres plus loin. Elle accompagne la ville plus qu'elle ne s'impose à elle.

Mais le véritable trésor de Suzhou se trouve derrière les murs de ses jardins. Je m'attendais à un grand parc. J'ai découvert quelques cours, un bassin, des rochers, quelques pavillons. Et pourtant, en avançant, j'avais l'impression de traverser un paysage entier. C'est exactement ce que cherchaient les lettrés qui les ont conçus : une montagne tient dans un rocher, un lac dans un bassin, et une fenêtre découpée dans un mur cadre le paysage comme un tableau.

Zuzhou, jardin classique

Hangzhou déploie cette même douceur à plus grande échelle, autour du lac de l'Ouest. Des saules penchés sur l'eau, des ponts arqués, des pagodes posées sur les collines, et cette brume qui flotte au ras du lac certains matins. On en fait le tour à vélo ou en barque, et sur les hauteurs voisines poussent les théiers du Longjing, l'un des thés verts les plus réputés du pays.

Hangzhou, lac de l'ouest

Mais le lac de l'Ouest est plus qu'un beau paysage. Chaque pont, chaque pagode, chaque îlot renvoie à une légende, un poème ou une peinture célèbre. Des générations d'écoliers ont appris ces récits avant même de voir le lac. Lorsqu'ils arrivent enfin à Hangzhou, ils ne découvrent pas seulement un paysage ; ils retrouvent des images qu'ils portent déjà en eux. Pour un visiteur étranger, le lac est beau. Pour beaucoup de Chinois, il est aussi familier.

Restent les vieilles villes. C'est l'image qui fait le plus rêver et c'est aussi le plus grand piège. Lijiang, dans le Yunnan, en est l'exemple le plus parlant : ruelles pavées, maisons de bois, canaux, c'est superbe en photo. Mais la vieille ville a été largement reconstruite, et ses ruelles alignent aujourd'hui les bars et les boutiques de souvenirs. On finit par y marcher dans une carte postale qui se sait carte postale, un décor un peu trop parfait, pensé pour être photographié, presque plus que pour être habité.

Lijiang

À l'inverse, Pingyao conserve quelque chose de plus rare. Derrière ses remparts, la ville continue de vivre. On y croise encore des habitants, des commerces du quotidien, une vie qui ne semble pas uniquement organisée pour les visiteurs.

La Chine paisible existe bel et bien, mais elle se trouve rarement là où la foule se presse pour prendre une photo. On la rencontre tôt le matin, lorsque les jardins sont encore silencieux. Le long d'un canal oublié derrière une rue commerçante. Ou sur les rives du lac de l'Ouest, lorsque la brume efface peu à peu les contours du paysage.

Venez en sachant ce que vous cherchez, et vous le trouverez.

Le sacré, partout

Avant de voyager en Chine, j'imaginais la spiritualité chinoise comme beaucoup d'Occidentaux l'imaginent : des monastères perchés dans les montagnes, des moines silencieux et des lieux retirés du monde.

La réalité m'a surpris.

En Chine, le sacré se mêle constamment au quotidien. On brûle de l'encens pour trouver un emploi, pour que les affaires prospèrent ou pour protéger sa famille. La première fois que j’ai vu quelqu’un prier pour un examen, j’ai compris que je cherchais le sacré au mauvais endroit. On ne vient pas seulement chercher des réponses spirituelles ; on vient aussi demander un coup de pouce.

Jeune chinoise, temple des lamas, Pékin

Les montagnes sacrées sont le meilleur endroit pour le comprendre. Le mont Tai, dans le Shandong, est gravi depuis plus de deux mille ans. On y monte souvent de nuit pour atteindre le sommet avant l'aube. Ce n'est pas une expérience solitaire : on y trouve des familles, des groupes d'amis, des étudiants, tous réunis dans le froid pour attendre le lever du soleil. Le moment a quelque chose de spirituel, bien sûr, mais aussi de profondément collectif.

MontTai, lever du soleil

Les temples racontent une autre facette de cette relation au sacré. Beaucoup de visiteurs les abordent comme des monuments historiques. Pourtant, il suffit de s'arrêter quelques minutes pour voir qu'ils restent des lieux vivants. Entre les volutes d'encens, on croise des fidèles de tous âges. Depuis quelques années, de nombreux jeunes urbains y reviennent également, parfois pour trouver un peu de calme, parfois pour accomplir un rituel hérité de leurs parents ou grands-parents. Le sacré ne semble pas figé ; il continue de s'adapter à son époque.

Les grottes de Longmen, près de Luoyang, montrent encore autre chose : la trace que ce sacré a laissée dans la pierre. Des dizaines de milliers de bouddhas y ont été sculptés dans la falaise au fil des siècles. Face à ces statues, on admire le travail des artisans. Mais on ressent aussi la foi et la patience qu'il a fallu pour entreprendre un chantier d'une telle ampleur.

Grottes de Longmen, hanfu

Ne cherchez pas en Chine une spiritualité uniquement tournée vers le retrait du monde. Cherchez-la dans les gestes ordinaires, dans les temples encore fréquentés, dans les foules qui gravissent les montagnes sacrées. C'est souvent là qu'elle se laisse le mieux approcher.

Ce qui ne se visite pas mais qu'on n'oublie pas

Cette dernière famille d'expériences n'apparaît dans aucun guide. Et pourtant, c'est souvent celle dont on parle le plus au retour.

Demandez à quelqu'un ce qui l'a marqué en Chine. Il évoquera peut-être la Grande Muraille ou les montagnes de Zhangjiajie. Mais très souvent, après quelques minutes, la conversation glissera ailleurs. Vers un petit-déjeuner improvisé dans une ruelle. Vers un repas partagé avec des inconnus. Vers une scène aperçue dans un parc au lever du jour.

Ce sont rarement les images que l'on était venu chercher, ce sont souvent celles que l'on emporte.

La table occupe une place particulière dans ces souvenirs, et pas seulement parce que l'on mange bien. C'est qu'on découvre vite qu'il n'existe pas une cuisine chinoise. Traverser le pays, c'est traverser des mondes culinaires entiers : les nouilles tirées à la main du Nord-Ouest, les dim sum de Canton, le piment qui anesthésie la langue au Sichuan, la marmite bouillonnante de Chongqing au milieu de la table. Très vite, les repas cessent d'être une pause entre deux visites. Ils deviennent une partie du voyage.

Fondue, Chongqing, Hongyadong

Et puis il y a la rue. Les marchés du matin où l'on reconnaît à peine la moitié de ce qui est vendu. Les retraités qui occupent les parcs dès l'aube pour danser, chanter, pratiquer le taiji ou jouer au mah-jong. Les petites tables en plastique qui apparaissent le soir sur les trottoirs, aux abords des vendeurs de nouilles ou de brochettes.

La Chine de nuit, Shenyang, Shenyang la nuit, Street-food, Street-food à Shenyang
La Chine de nuit, Shenyang, Shenyang la nuit, Street-food, Street-food à Shenyang

Je me souviens d'un parc à Pékin. Je m'étais assis quelques minutes sur un banc. J'ai rangé mon téléphone, j'ai cessé de penser à la suite. Je suis resté là, à observer les promeneurs, les joueurs de cartes, les conversations ordinaires. Il ne s’est rien passé, et pourtant, c’est l’un des souvenirs les plus précis que j’ai gardés de ce voyage. Parce qu'à cet instant, la Chine n'était plus une destination. Je regardais simplement des gens vivre.

Un voyage en Chine réussi n'est pas celui où l'on a coché le plus de sites. C'est celui où l'on a accepté de lever le nez de la liste pour s'asseoir à une table, se perdre dans un marché, regarder un parc s'animer au petit matin. Le reste, les monuments, les paysages, vous y serez de toute façon. Ça, il faut le vouloir.

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