On me demande souvent quelles sont les villes à visiter en Chine. La réponse honnête, c'est qu'il n'existe pas une ville chinoise type dont les autres seraient des variantes. Chaque grande ville est une thèse sur ce qu'est le pays, et on ne visite pas dix versions de la même chose : on visite dix réponses différentes à la question.
Quand on prépare un premier voyage en Chine, on tombe vite sur les mêmes listes. Pékin et la Cité interdite, Shanghai et le Bund, Xi'an et l'armée de terre cuite, Guilin et ses pitons karstiques. Tout est vrai, rien n'est faux, et pourtant quelque chose manque.
Ce qui manque, c'est ce qui se passe quand on enchaîne ces villes : on a vu beaucoup, on a parfois compris peu.
La Chine n'est pas un pays qu'on traverse, c'est un pays qu'on lit. Et chaque grande ville est un chapitre qui répond à une question précise.
Pékin répond par le pouvoir. Shanghai par l'ouverture au monde. Chongqing par la verticalité. Shenyang par les origines non chinoises de la dernière dynastie. Dunhuang par la frontière.
La sélection qui suit n'est ni un classement ni un palmarès. C'est une proposition : si vous deviez choisir dix villes pour comprendre la Chine et pas seulement la voir, ce seraient peut-être celles-là. Certaines sont des évidences (on ne va pas en Chine sans passer par Pékin ou Shanghai), d'autres le sont moins, et c'est précisément là que ça devient intéressante.
Pékin, la Chine du centre et du pouvoir
Le premier matin à Pékin, on prend généralement le métro à l'heure de pointe et on comprend une chose : cette ville n'est pas faite à l'échelle humaine, elle est faite à l'échelle du pouvoir. Les avenues sont trop larges, les places sont trop grandes, la Cité interdite est trop loin de son entrée. Tout est calibré pour que vous vous sentiez petit, et c'est exactement le but depuis six siècles.
Pékin, c'est la Chine qui se pense depuis son centre.
La capitale n'est pas une ville parmi d'autres ; c'est l'axe autour duquel tout le reste s'organise, politiquement, symboliquement, parfois géographiquement.

Comprendre Pékin, ce n'est pas cocher Tian'anmen, la Cité interdite et la Grande Muraille ; c'est sentir physiquement ce que veut dire vivre dans une ville pensée comme le cœur d'un empire.
Concrètement, on commence par l'axe nord-sud impérial, de la place Tian'anmen à la Cité interdite, puis on monte vers le Temple du Ciel et le Palais d'été. Les hutongs offrent l'envers du décor (la ville à hauteur d'habitant, celle qui disparaît chaque année un peu plus), et la Grande Muraille à Mutianyu ou Jinshanling clôt logiquement le séjour : on a vu le centre, on va voir où le centre s'arrête.

Compter quatre jours minimum, cinq c'est mieux, trois c'est de la frustration garantie.
Pékin s'enchaîne naturellement vers Xi'an (3h de TGV) ou vers Shenyang (2h30) ; les trois villes forment le triangle impérial.
Pour vous si vous voulez commencer la Chine par sa colonne vertébrale historique et politique. Passez votre chemin si vous cherchez une ville à taille humaine ou une ambiance détendue ; Pékin se mérite, elle ne se laisse pas approcher.

Shanghai, la Chine ouverte sur le monde
À Shanghai, on prend un café à 9 heures du matin dans l'ancienne concession française, sous des platanes plantés par les Français il y a un siècle, dans une rue dont le nom chinois ne dit plus rien des origines. C'est cette superposition, et le naturel avec lequel elle se vit, qui rend Shanghai unique en Chine.
Shanghai est la Chine qui a accepté, parfois subi, parfois choisi, de regarder le monde dans les yeux.
Pendant un siècle elle a été une enclave occidentale autant qu'une ville chinoise, et cette double mémoire ne s'est jamais effacée. Aujourd'hui, c'est le port commercial le plus puissant du monde, la capitale financière de la Chine, et la ville où les classes moyennes chinoises projettent leur idée de ce qu'est la modernité. Le contraste avec Pékin est total et instructif : si Pékin pense le pouvoir, Shanghai pense le mouvement.

On marche sur le Bund au coucher du soleil pour voir Pudong s'allumer en face, on traverse vers Lujiazui pour prendre la mesure de cette verticalité (la Shanghai Tower fait 632 mètres, c'est la deuxième plus haute du monde), puis on revient vers l'ancienne concession française pour la respiration et le café. Les jardins Yuyuan et la vieille ville offrent un dernier témoignage du Shanghai pré-colonial, mais soyons honnêtes, c'est devenu très touristique. Le vrai Shanghai contemporain se vit dans les quartiers de Jing'an, Xintiandi, ou plus à l'ouest le long de Yan'an Lu.

Shanghai s'enchaîne idéalement avec Suzhou (30 min en TGV) et Hangzhou (1h), pour découvrir le Jiangnan dont elle est la pointe moderne.
Pour vous si vous voulez comprendre la Chine qui fabrique aujourd'hui ce que sera la Chine demain, ou si vous aimez les villes-monde. Passez votre chemin si vous cherchez la « Chine authentique » ; Shanghai est authentiquement chinoise, mais pas dans le sens où on l'entend habituellement.

Xi'an, la Chine qui se souvient
À Xi'an, on monte sur les remparts au petit matin, on loue un vélo, et on fait le tour complet de la vieille ville sur le mur, treize kilomètres. En bas, la ville moderne ; en face, à intervalles réguliers, les tours de garde Ming qui marquent les angles. Aucune autre grande ville chinoise n'a gardé une enceinte intacte de cette ampleur, et c'est cette continuité physique qui donne à Xi'an son intérêt.
Xi'an est la Chine qui se souvient d'avoir été le centre du monde.
Capitale de treize dynasties, point d'arrivée occidental des routes de la soie, ville d'où Qin Shi Huang a unifié la Chine en -221 avant notre ère, Xi'an a tenu pendant des siècles un rôle que Pékin n'a hérité que tardivement. Aujourd'hui, c'est une ville-mémoire : on n'y va pas pour la Chine d'aujourd'hui, on y va pour comprendre comment la Chine s'est construite, et notamment pour saisir que cette construction s'est faite à l'ouest avant de basculer au nord.

L'armée de terre cuite est évidemment l'incontournable ; une demi-journée bien préparée suffit (et arrivez tôt). Le reste vaut autant : la Grande Mosquée et le quartier musulman, héritage des marchands ouïgours et hui installés depuis le 8e siècle, la pagode de l'Oie sauvage où Xuanzang a traduit les sutras ramenés d'Inde, et la rue musulmane le soir pour la cuisine du Shaanxi (les roujiamo, les nouilles biangbiang, les brochettes au cumin).
Comptez deux à trois jours. Xi'an s'enchaîne naturellement avec Pingyao (3h de TGV) pour continuer sur la Chine impériale, ou vers Dunhuang (3h d'avion) pour prolonger la route de la soie vers l'ouest.
Pour vous si vous aimez l'histoire et que vous voulez comprendre comment la Chine est devenue la Chine. Passez votre chemin si vous fuyez les sites archéologiques majeurs ; à Xi'an, on vient d'abord pour ça.

Chengdu, la Chine qui s'assoit
À Chengdu, vers 15 heures, on s'installe sur une chaise en bambou dans une maison de thé du parc du Peuple. Une dame remplit la tasse à la louche, le couvercle posé de travers signale qu'on veut être resservi. Autour, des gens jouent au mah-jong, se font nettoyer les oreilles par des spécialistes ambulants, somnolent. Personne ne presse personne. C'est dimanche après-midi un mardi.
Chengdu est la Chine qui a décidé que la vie ne se résumait pas au travail.
Dans un pays où l'éthique productive est devenue une religion, la capitale du Sichuan revendique une autre cadence, plus lente, plus tournée vers le plaisir de la table et de la conversation. Ce n'est pas un cliché touristique, c'est documenté : Chengdu apparaît systématiquement en tête des classements chinois de qualité de vie, et les Sichuanais en font une fierté identitaire. La cuisine épicée, les pandas, les maisons de thé ne sont pas trois attractions séparées ; ce sont trois expressions de la même chose, une ville qui mise sur la douceur de vivre dans un pays qui n'en fait pas une priorité.

On commence par une vraie huǒguō (火锅), la fondue sichuanaise, dans un restaurant où les locaux mangent (pas dans la rue Jinli, trop touristique). On prend une demi-journée pour la Base de recherche sur les pandas géants, tôt le matin sinon les pandas dorment. Le reste se vit plus qu'il ne se visite : maisons de thé, opéra du Sichuan (le spectacle de "changement de visage" vaut le détour, même si c'est devenu très formaté), rue Jinli en fin de soirée quand les bus de touristes sont partis. Compter trois jours pleins.
Chengdu s'enchaîne très bien avec Chongqing (1h30 de TGV), le duo Sichuan-Chongqing forme un contraste fort.
Pour vous si vous aimez la cuisine et que vous voulez sentir une Chine moins tendue. Passez votre chemin si vous cherchez du patrimoine monumental ; Chengdu est une ville à vivre, pas à cocher.

Chongqing, la Chine verticale
À Chongqing, on cherche la sortie du métro en suivant les panneaux, on monte un escalier, un autre, encore un, et on débouche au quinzième étage d'un immeuble qui n'est pas un immeuble mais un pan de colline. La ligne 2 sort littéralement à travers un immeuble d'habitation (la station Liziba, devenue célèbre sur les réseaux sociaux chinois). Ici, le sol est une fiction : on est toujours au sol, mais à des altitudes différentes selon par où on est arrivé.
Chongqing est la Chine qui ne pouvait pas être plate.
Coincée entre le Yangtze et le Jialing, posée sur un relief montagneux qui rend l'urbanisme orthogonal impossible, la ville s'est construite en couches, en strates, en tunnels et en téléphériques. C'est la plus grande agglomération du monde par certaines définitions, et c'est probablement la ville chinoise la moins lisible pour un voyageur occidental. Elle ne ressemble à rien de ce qu'on attend d'une ville chinoise, parce qu'elle ne pouvait pas ressembler à autre chose qu'elle-même.

On commence par Hongyadong à la nuit tombée, ce complexe de maisons sur pilotis en bord de Jialing qui sert de carte postale officielle de la ville. On prend le téléphérique au-dessus du Yangtzé, on monte à Nanshan pour la vue, on descend dans les ruelles de Ciqikou, on essaie la fondue chongqinoise, plus brutale que sa cousine de Chengdu (le bouillon est rouge fluo, ce n'est pas une métaphore). Pour les amateurs, le musée des Trois Gorges raconte ce qu'a englouti le barrage. Deux à trois jours suffisent ; au-delà, la fatigue urbaine peut peser.
Chongqing s'enchaîne avec Chengdu (1h30 de TGV) ou prolonge vers une croisière sur le Yangtze pour ceux qui ont le temps.
Pour vous si vous aimez les villes qui se vivent comme des labyrinthes et que la démesure urbaine vous fascine plus qu'elle ne vous fatigue. À éviter en juillet-août (40°C avec une humidité écrasante, on l'appelle l'une des « trois fournaises » de la Chine, ce n'est pas une plaisanterie locale).

Shenzhen, la Chine qui s'invente
À Shenzhen, on prend le métro à Huaqiangbei, on remonte en surface, et on se retrouve devant le plus grand marché d'électronique du monde, sept étages de stands où l'on vend des composants, des smartphones, des drones, des cartes mères, tout ce qui fait fonctionner la moitié des objets connectés de la planète. Trente ans plus tôt, à cet endroit précis, il y avait des rizières.
Shenzhen est la Chine qui s'invente en temps réel.
La ville n'existait pas avant 1980 : c'était un village de pêcheurs de 30 000 habitants face à Hong Kong. Deng Xiaoping en a fait la première Zone économique spéciale, laboratoire du capitalisme chinois, et la ville est passée à 17 millions d'habitants en quarante ans. C'est aujourd'hui le siège de Huawei, Tencent, DJI, BYD, et de la moitié des startups tech chinoises. Aucune autre ville au monde n'a connu une telle accélération, et cette histoire-là, celle d'une Chine qui ne se réfère à aucun passé parce qu'elle n'en a pas, mérite sa place dans toute liste sérieuse.

Concrètement, Shenzhen ne se « visite » pas comme une ville historique. Huaqiangbei pour comprendre l'écosystème matériel de la tech mondiale, OCT-Loft (la friche industrielle reconvertie en quartier d'art et de design) pour la scène créative, Shekou pour l'ambiance internationale, et le parc de Lianhuashan pour la vue sur Futian et le bureau de Tencent en forme de double tour. Deux jours suffisent largement. Plus si vous y avez un rendez-vous professionnel.
Shenzhen s'enchaîne logiquement avec Hong Kong (40 minutes de métro depuis Futian Checkpoint), le contraste vaut le détour, et permet de combiner deux récits chinois opposés en un séjour.
Pour vous si vous voulez comprendre la Chine qui fabrique le monde matériel d'aujourd'hui, ou si la tech vous intéresse vraiment. Passez votre chemin si vous cherchez de l'ancien ; Shenzhen n'a rien à offrir au voyageur en quête de patrimoine, et c'est sa fierté.
Suzhou, la Chine lettrée du Jiangnan
À Suzhou, on entre dans le Jardin de l'Humble Administrateur un jour de semaine, en milieu de matinée, avant les groupes. Une fenêtre découpée en forme de feuille de bambou cadre une rocaille, une mare, un pavillon. Trois éléments, une vue. Le jardin entier est construit comme ça : par cadrages successifs, jamais en grand angle, toujours en compositions. Un lettré du 16e siècle a passé sa vie à concevoir cet espace pour qu'on le découvre exactement de cette manière.
Suzhou est la Chine des fonctionnaires-poètes qui se retiraient dans leurs jardins pour peindre, écrire et boire du thé.
Pendant un millénaire (du 10e au 19e siècle), le delta du Yangtsé a été la région la plus riche et la plus raffinée de Chine. Suzhou en était l'un des centres avec Hangzhou. Cette culture-là, faite de jardins miniatures, de soie, de calligraphie, d'opéra Kunqu, n'existe nulle part ailleurs en Chine à cette densité. C'est ce qu'on vient chercher à Suzhou, et il faut y venir avec cette grille de lecture, sinon on passe à côté.

Le Jardin de l'Humble Administrateur et le Jardin du Maître des Filets sont les deux incontournables (le second est plus petit, plus subtil, à voir en fin d'après-midi). Le musée de Suzhou, conçu par I.M. Pei (l'architecte de la pyramide du Louvre, originaire de Suzhou), prolonge naturellement la visite. Pour les canaux, oubliez le centre touristique de Pingjiang Lu et allez plutôt à Tongli ou Mudu, deux villes d'eau périphériques accessibles en 30 minutes, qui ont gardé une vraie épaisseur. Une journée et demie suffit.
Suzhou s'enchaîne évidemment avec Shanghai (30 min de TGV) et Hangzhou (1h), le triangle Shanghai-Suzhou-Hangzhou est probablement le plus dense culturellement de toute la Chine de l'est.
Pour vous si vous aimez les jardins, la peinture chinoise, et que vous acceptez de regarder lentement. Passez votre chemin si vous attendez une « Venise de l'Orient » ; le surnom est trompeur, Suzhou est une ville moderne avec des poches anciennes, pas un décor uniforme.

Pingyao, la Chine marchande intacte
À Pingyao, on dort dans une ancienne maison de marchand transformée en auberge, on se réveille avant les bus de touristes, on sort dans la rue principale à 7 heures du matin. Les remparts sont là, à 200 mètres, complets, hauts de douze mètres, faisant le tour de la vieille ville sur six kilomètres. Aucun building en arrière-plan, aucun camion ne traverse, aucun téléphérique au-dessus. Pour la première fois en Chine, on est dans une ville Ming sans concession.
Pingyao est la seule grande ville chinoise qui a survécu intacte à la modernisation.
Pas reconstruite, pas restaurée, pas refaite : conservée, parce qu'au 20e siècle elle était trop pauvre pour qu'on prenne la peine de la démolir. Cette pauvreté l'a sauvée. Aujourd'hui c'est l'UNESCO et le tourisme intérieur qui la portent, mais l'os est d'origine.

Et cet os raconte autre chose que l'histoire impériale habituelle : Pingyao était la capitale financière de la Chine au 19e siècle, c'est ici qu'ont été inventés les piaohao, les premiers établissements de transfert d'argent à l'échelle de l'empire, ancêtres des banques modernes chinoises. La Chine marchande, celle du Shanxi, des routes commerciales et des fortunes privées, a ici son musée vivant.
On fait le tour des remparts à pied au lever ou au coucher du soleil (deux heures pour le tour complet). On visite le Rishengchang, premier piaohao de l'histoire, et le yamen (le tribunal-administration) restauré. On dort dans une kèzhàn traditionnelle, idéalement deux nuits, parce que Pingyao change complètement entre le jour (saturé) et l'aube ou le soir (magnifique). En excursion d'une demi-journée, les grottes bouddhiques de Shuanglin valent le détour. Compter deux jours pleins.
Pingyao s'enchaîne entre Pékin (4h de TGV) et Xi'an (3h), c'est l'étape parfaite entre les deux.
Pour vous si vous voulez voir une vraie ville chinoise ancienne et pas une reconstruction, et que la Chine marchande vous intéresse autant que la Chine impériale. Décevant si vous fuyez le tourisme intérieur ; Pingyao est très fréquentée en journée, il faut accepter de jouer avec les horaires.
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Dunhuang, la Chine des marches occidentales
À Dunhuang, on entre dans la grotte 45 du complexe de Mogao avec un guide et une lampe torche réglementaire. La lumière passe sur une figure de bodhisattva peinte sous les Tang, vers le 8e siècle. Le sourire est tibétain, le drapé est indien, le visage est chinois, l'inscription est en sogdien. Ce n'est pas un mélange tardif fait par un voyageur cultivé ; c'est l'état normal de l'art à Dunhuang à cette époque, parce que c'était l'état normal du monde à cet endroit.
Dunhuang est la Chine telle qu'elle se voyait depuis sa propre frontière.
Posée au bout du Hexi Corridor, dernière vraie ville chinoise avant le désert et l'Asie centrale, Dunhuang a été pendant mille ans le sas entre l'empire et le reste du monde connu. Les caravanes y déposaient et reprenaient des marchandises, des langues, des religions. Le bouddhisme est arrivé en Chine par là. Les fresques de Mogao (492 grottes peintes entre le 4e et le 14e siècle) sont le plus grand musée d'art bouddhique du monde, et l'un des très rares lieux où l'on touche physiquement à l'idée que la Chine, longtemps, n'a pas été un bloc fermé sur lui-même.

Les grottes de Mogao se visitent sur réservation obligatoire (passer par le site officiel ou un guide local), comptez une matinée. Les dunes de Mingsha et le lac du Croissant (Yueyaquan) sont à 6 km de la ville, idéalement au coucher du soleil. La passe de Yangguan ou de Yumen marque la fin de la Grande Muraille Han et le départ symbolique de la route de la soie vers l'ouest. Pour les plus aventureux, le Yardang National Geopark offre des paysages désertiques sculptés par le vent. Trois jours pleins.
Dunhuang s'enchaîne depuis Xi'an (3h d'avion ou nuit en train) et prolonge naturellement vers Zhangye (montagnes Danxia, 6h de train) pour ceux qui veulent continuer plein ouest.
Pour vous si l'art bouddhique vous intéresse, ou si la route de la soie est dans votre imaginaire de voyage. Passez votre chemin si vous n'avez pas trois jours à consacrer à un détour ; Dunhuang est isolée, et ne se justifie que si on accepte de lui donner du temps.
Shenyang, la Chine d'avant la Chine
À Shenyang, on arrive en TGV à la gare nord un dimanche matin, on prend un taxi pour le palais impérial, et on entre dans ce qui ressemble à une Cité interdite en plus petit, en plus brut, en plus excentré. C'est exactement ce que c'est. Construite à partir de 1625 par Nurhachi et son fils Hong Taiji, cette résidence a été la capitale des Mandchous avant qu'ils ne prennent Pékin en 1644 et n'y déménagent leur cour. Tout ce qui caractérisera la dynastie Qing pendant 268 ans (l'architecture, le cérémonial, le bilinguisme mandchou-chinois) s'est mis en place ici, avant la Chine.
Shenyang est la ville qui rappelle que la dernière dynastie chinoise n'est pas née chinoise.
Les Qing étaient des Mandchous, peuple nomade venu du Nord-Est, descendants des Jurchen qui avaient déjà conquis la Chine du Nord au 12e siècle. Ils ont régné sur le pays jusqu'en 1911, mais leur cœur d'origine, leur « terre ancestrale », c'est ici, en Mandchourie. Aller à Shenyang, c'est gratter sous l'évidence Han du récit chinois, et découvrir que cette évidence est plus récente et plus construite qu'on ne le croit.

On commence par le palais impérial de Mukden (Shenyang Gugong, plus petit cousin de la Cité interdite, classé UNESCO), comptez une demi-journée. Les tombeaux Qing de Fuling (tombeau de Nurhachi) et Zhaoling (tombeau de Hong Taiji) complètent le triptyque, le second est intégré dans un grand parc agréable.
La rue commerçante Zhongjie donne une idée de la ville moderne, post-industrielle, du Dongbei. Pour les curieux de l'histoire du 20e siècle, le musée de l'incident du 18 septembre 1931 raconte la prise de la ville par le Japon et le début de l'occupation de la Mandchourie. Deux jours suffisent, trois si on pousse vers Dandong (à la frontière nord-coréenne) ou Anshan (sidérurgie).
Shenyang s'enchaîne facilement depuis Pékin (2h30 de TGV), c'est l'extension nord la plus accessible de la liste.
Pour vous si vous voulez comprendre que la Chine impériale tardive n'est pas une histoire purement Han, ou si vous cherchez le Dongbei sans aller jusqu'à Harbin. Passez votre chemin si vous cherchez le pittoresque ; Shenyang n'est pas belle, son intérêt est ailleurs, dans ce qu'elle raconte.

Ce qui n'est pas dans la liste, et pourquoi
Dix villes, dix Chines, et autant de villes laissées de côté. Faire une liste honnête, c'est aussi assumer les absences.
La vieille ville de Lijiang tient plus du parc thématique que de la cité ancienne. Si on cherche une vraie ville ancienne intacte, on va à Pingyao. Si on cherche le Yunnan, on commence par Kunming et on prolonge vers Dali ou Shangri-La.
Hong Kong est une ville à part dans le monde chinois (160 ans d'administration britannique, cantonais dominant, cuisine et cinéma propres) qui se pense comme une destination autonome. Pour qui visite Shenzhen, le crochet de quelques jours vers Hong Kong reste cependant évident, et le contraste entre les deux villes vaut largement le détour.
Hangzhou a été écartée pour éviter le doublon avec Suzhou, qui me parait plus dense culturellement. Harbin, Kunming, Qingdao, Macao, Lhassa auraient pu figurer ; on les retrouve dans les pages régionales correspondantes où elles ont la place de respirer.
Maintenant un avis assumé, parce qu'une liste sans hiérarchie n'aide personne à choisir.
Si c'est votre premier voyage en Chine, trois villes suffisent : Pékin, Xi'an, et le duo Chengdu Chongqing. Trois semaines vous permettent de bien les faire, avec une journée ou deux à la Grande Muraille et un crochet possible vers Shanghai si vous tenez à voir la Chine contemporaine. N'essayez pas dix villes en quinze jours, vous ne verrez rien et vous reviendrez fatigués.
Trois villes bien comprises valent mieux que dix villes seulement vues. C'est probablement la seule règle qui vaille pour préparer un voyage en Chine.


