Xi'an n'est pas seulement l'ancienne capitale impériale Chang'an ni le site de l'armée de terre cuite. C'est devenu, pour la Chine entière, la grande scène où la mémoire impériale se conserve, se met en scène et se rejoue. Une ville qui a inventé en 1979 le modèle chinois du tourisme patrimonial, et qui aujourd'hui est l'épicentre national d'une réappropriation contemporaine du passé dynastique.
Pour la plupart des voyageurs français qui arrivent en Chine, Xi'an est un passage presque obligé. C'est l'ancienne capitale impériale, le site de l'armée de terre cuite, la ville où l'on prend une photo en hauteur des remparts, et un repas dans le quartier musulman. On y reste trois jours, on coche tout, on repart. C'est ce que font des centaines de milliers de touristes étrangers chaque année.
Mais Xi'an n'est pas seulement une ville d'héritage, c'est une ville active. Active dans la conservation de sa mémoire, qu'elle a inventé de mettre en scène à grande échelle dès 1979 avec l'ouverture au public de l'armée de terre cuite, modèle qui a depuis essaimé dans toute la Chine. Active dans la réinvention contemporaine de cette mémoire. Et active encore dans ce qui vit, en dehors des projecteurs, dans les ruelles des quartiers qui descendent directement de la grandeur cosmopolite de Chang'an Tang.
Aller à Xi'an, ce n'est donc pas voir l'ancienne capitale. C'est voir comment la Chine d'aujourd'hui se raconte à elle-même son propre passé.
À la tombée du jour, devant la tour de la Cloche
Au cœur de la vieille ville de Xi'an, à l'intersection des quatre grandes avenues qui partent vers les quatre portes des remparts, se dresse la tour de la Cloche (钟楼, zhōnglóu). Construite sous les Ming en 1384 puis déplacée à son emplacement actuel en 1582, elle est posée sur un grand carrefour piétonnier, accessible par un passage souterrain. Toute la journée, c'est un repère ; mais c'est à la tombée du jour qu'elle devient le centre théâtral de la ville.

Au coucher du soleil, la tour s'illumine. Les façades des grands magasins qui entourent la place s'illuminent aussi (la municipalité a investi massivement dans son éclairage urbain depuis 2018, avec des programmes de lumière coordonnés pour les monuments historiques). Une foule se masse pour photographier la tour. Et dans cette foule, on remarque très vite quelque chose : beaucoup de jeunes femmes sont habillées en robe Tang ou Han. Maquillées en style ancien, coiffées avec des épingles ornées, manches amples, jupes longues. Elles posent devant la tour pendant qu'une copine prend la photo au téléphone. Une troisième tient les sacs.
Ce sont des touristes ordinaires, chinoises, venues à Xi'an passer un weekend et qui ont loué un costume traditionnel pour la journée. C'est, dans la Chine de 2026, une pratique massive et courante. Et c'est précisément ce qui fait Xi'an aujourd'hui.

La scène contient déjà toute cette page. Une tour Ming illuminée en 2026, des jeunes filles habillées en Tang pour Xiaohongshu (réseau social chinois), un éclairage urbain pensé pour la photo, une foule qui n'est pas là par hasard. Xi'an est une ville qui a organisé sa mise en scène mémorielle, et qui en récolte les fruits. Le voyageur qui arrive ici doit comprendre qu'il assiste à un théâtre urbain volontaire, pas à un héritage naturel posé là par l'histoire.
Les remparts, ou la ville entrée dans son enceinte mémorielle
Débarquer à Xi'an commence presque toujours par la même chose : louer un vélo et fait le tour des remparts. Quatorze kilomètres de muraille parfaitement préservée, large de quinze mètres au sommet, deux heures de tour, vue plongeante d'un côté sur le quadrillage de la vieille ville, de l'autre sur la ville moderne et ses tours.

Mais trois choses méritent d'être posés pour comprendre vraiment ce qu'on parcourt.
D'abord, ces remparts ne remontent pas à la dynastie Tang. Ils datent de 1370, sous les Ming, soit cinq cents ans après la fin de Chang'an comme capitale impériale. Quand on les a construits, Xi'an était une grande ville de province, et l'enceinte qu'on bâtissait n'avait pas la prétention d'égaler celle de la capitale disparue ; elle enserrait la ville qui restait, autour du noyau central de la Chang'an d'origine. La Chang'an Tang du 8e siècle faisait quatre-vingt-quatre kilomètres carrés ; les remparts qu'on parcourt aujourd'hui en enserrent douze. On pédale sur une fraction de ce qui avait été.
Ensuite, ces remparts ont failli disparaître au 20e siècle. Sous Mao, dans les années 1950 et 1960, de nombreuses villes chinoises ont vu leurs remparts démantelés pour faire passer les routes et étendre les nouvelles infrastructures. Pékin a perdu les siens en grande partie (les portes principales ont été préservées, mais l'enceinte a été détruite), Nanjing aussi. Xi'an a été préservée par sa relative pauvreté et par le faible enjeu stratégique de la ville à cette époque. Et c'est dans les années 1980, quand la Chine commence à se rouvrir et que le tourisme international apparaît, qu'on prend conscience de ce qui reste. La municipalité lance des travaux de restauration massifs entre 1983 et 2004, ferme l'enceinte à nouveau, restaure les douves, aménage les chemins de ronde. Aujourd'hui, ces remparts sont le symbole de Xi'an ; il y a quarante ans, ils étaient une survivance fragile.

Enfin, ce que la ville fait de cette enceinte aujourd'hui. Vélo en journée. Marché nocturne au pied de la muraille sud. Spectacles son et lumière sur les murailles pendant les grandes occasions ; mapping vidéo, drones, projections coordonnées. Pendant la fête du Printemps (Nouvel An chinois), depuis 2022, Xi'an organise sur les remparts des illuminations massives qui attirent des millions de visiteurs chinois en quelques jours. Aux portes principales, des cérémonies de "porte d'entrée Tang" sont mises en scène avec des figurants en costumes anciens pour accueillir les groupes de touristes chinois. Cours de calligraphie ambulants en été. La ville a fait des remparts un dispositif urbain vivant.
Les remparts ne sont pas seulement un héritage, ce sont un projet. Xi'an a décidé activement, à partir des années 1980, de faire de son enceinte le cœur de son identité urbaine moderne. Cette décision n'allait pas de soi ; Pékin et Shanghai ont fait des choix très différents (la modernité plutôt que la mémoire). Elle structure toute l'expérience qu'on fait de la ville aujourd'hui, et elle a fait école dans toute la Chine.
L'armée de terre cuite, ou le coup d'envoi du modèle
À trente-cinq kilomètres à l'est de Xi'an, près du village de Lintong, trois fosses creusées dans la terre abritent environ huit mille statues de soldats grandeur nature, plus de six cents chevaux, plus de cent trente chars de guerre. Chacune des statues a un visage différent. Beaucoup tiennent encore leurs armes en bronze, souvent encore tranchantes après 2 200 ans sous terre. Le tout est aligné en formation de combat, faisant face à l'est, vers les anciens royaumes vaincus par le premier empereur. C'est l'armée de terre cuite (兵马俑, bīngmǎyǒng).

Découverte par hasard en mars 1974 par des paysans qui creusaient un puits, l'armée a été l'objet de la signification historique qu'on connaît : c'est la signature archéologique du moment où la Chine s'est inventée comme empire centralisé sous Qin Shi Huang.
Mais il y a une autre dimension du site, qui est rarement nommée et qui change la compréhension de la visite : l'armée de terre cuite a été ouverte au public en 1979, et cette ouverture est un événement historique en soi.
Cinq ans seulement après la découverte. C'est une décision politique massive, prise sous la première phase d'ouverture de Deng Xiaoping qui commence en 1978 après la fin de la Révolution culturelle. Avant 1979, la Chine n'a pas de tourisme moderne ; ses sites historiques parfois rasés ou bien préservés mais peu accessibles, peu mis en valeur, peu intégrés dans une économie.
L'ouverture de l'armée de terre cuite change tout. On construit un pavillon couvrant la fosse 1, long de 230 mètres, inauguré en 1979. On accueille massivement les visiteurs étrangers (les groupes français découvrent le site à partir des années 1980). On construit des infrastructures modernes. On forme des guides. On vend des billets. Le modèle est inventé.

Ce modèle, c'est une logique en quatre temps qui sera ensuite déployée partout en Chine : fouille contrôlée par l'État, mise en scène spectaculaire, infrastructure d'accueil pour le tourisme de masse, valorisation économique de la ville hôtesse. Datong a reconstruit ses remparts Ming dans les années 2010 sur ce modèle. Luoyang a transformé les grottes de Longmen en parc visitable. Kaifeng a rebâti une ville Song touristique de toutes pièces (Millennium City Park, ouvert en 2003). Yangzhou a restauré ses canaux. Pingyao a transformé sa vieille ville en zone touristique préservée. À chaque fois, la matrice est la même, et c'est celle qu'on a inventée à Xi'an en 1979.
Le bilan, en chiffres bruts. En 1979, le site recevait quelques milliers de visiteurs par mois. En 2024, il dépassait déjà plus de treize millions par an, dont 95% de Chinois. C'est l'un des sites archéologiques les plus visités au monde. Et toute la Chine s'est mise à faire pareil.

En pratique, le site se visite en une demi-journée. Y aller à l'ouverture (8h) ou en fin d'après-midi (après 15h) permet d'éviter la grosse affluence chinoise du milieu de journée. Les fosses 1, 2 et 3 sont dans des bâtiments séparés ; la fosse 1 est la plus impressionnante visuellement, c'est celle qu'on photographie. Le musée Qin Shi Huang à côté présente certaines des statues les mieux conservées, à hauteur d'œil. Le tombeau du premier empereur lui-même, à un kilomètre, est sous une colline plantée d'arbres qui n'a jamais été ouverte ; on peut faire le tour, mais il n'y a rien à voir au sens strict.

Mais l'intérêt du site, pour qui sait le regarder, c'est moins de contempler les soldats que de comprendre qu'on est devant le point d'origine du tourisme chinois moderne. Tout ce qu'on verra ailleurs en Chine descend de ce que Xi'an a inventé ici en 1979. C'est aussi l'origine de quelque chose de plus large, qu'on va voir maintenant.
Le hanfu et la mémoire qu'on rejoue
Aux abords de la Grande Pagode de l'Oie Sauvage (大雁塔, Dà Yàn Tǎ), autour de la tour de la Cloche, dans les ruelles près de Daming Gong, partout dans la vieille ville, à toute heure de la journée, on remarque des jeunes Chinoises habillées en costume traditionnel. Longues robes à manches amples, coiffures compliquées tenues par des épingles ornées, maquillages stylisés, parfois des ombrelles ou des éventails. Souvent en groupes de deux ou trois.
Ce sont des touristes ordinaires, jeunes Chinoises pour la plupart, qui ont loué un costume pour la journée. Et ce qu'elles font porte un nom : c'est le hanfu (汉服, littéralement « vêtement des Han », au sens ethnique).

C'est un mouvement de réappropriation des tenues traditionnelles chinoises antérieures à la conquête mandchoue de 1644 (qui avait imposé aux Chinois le port de tenues mandchoues, dont la fameuse robe qipao). Apparu sur internet au début des années 2000 dans une niche d'étudiants, le mouvement a pris de l'importance à partir de 2015 et a connu une véritable explosion à partir de 2019-2020.
Pourquoi Xi'an est devenue l'épicentre de ce mouvement ? Parce qu'elle offre le décor le plus crédible (remparts Ming, pagodes Tang, ruelles préservées, palais Daming Gong partiellement restauré). Parce que la municipalité a accompagné le mouvement (zones piétonnes adaptées, festivals Tang annuels, événements officiels). Et parce que l'imaginaire dynastique chinois est massivement adossé à Chang'an ; pour porter du Tang, autant le faire là où Tang a vraiment été.
À Xi'an, on peut louer un hanfu, se faire maquiller et coiffer pendant une à deux heures, puis se promener une journée entière à se photographier en tenue. Les boutiques de location se comptent par dizaines, parfois plusieurs par pâté de maisons dans le quartier de la Pagode de l'Oie Sauvage.

Et le hanfu n'est que la pointe émergée d'un mouvement culturel chinois beaucoup plus vaste, le guochao (国潮, littéralement « vague nationale »). Depuis le milieu des années 2010, le guochao réinvestit l'esthétique chinoise traditionnelle dans la consommation contemporaine ; mode, cosmétiques, design, jeux vidéo, animation, papeterie. Pour la génération née après 2000 en Chine, c'est cool, en 2026, d'être chinois esthétiquement parlant. Et ça ne l'était pas il y a quinze ans, quand l'aspiration culturelle dominante regardait vers le Japon, la Corée du Sud ou l'Occident.

À la même logique appartiennent les grands spectacles vivants qui se sont multipliés autour de Xi'an. La chanson éternelle des Tang (长恨歌) à l'Académie Huaqing, à trente kilomètres de la ville, met en scène l'histoire de l'empereur Tang Xuanzong et de sa concubine Yang Guifei dans une production massive en plein air, avec des centaines de figurants, des cascades sur un bassin reflétant les montagnes, et des effets visuels grand spectacle. Joué chaque soir d'avril à octobre depuis 2007, c'est devenu l'un des spectacles touristiques les plus rentables de Chine. Voir Chang'an (大唐追梦) à Daming Gong est un spectacle nocturne immersif sur les fondations restaurées de l'ancien palais impérial.

Xi'an est devenue la grande scène nationale où la Chine rejoue son passé. Pas par cynisme, pas par marketing pur ; par une dynamique culturelle bien réelle qui touche des dizaines de millions de jeunes Chinois et qui passe par les corps, les vêtements, les écrans, les spectacles.
Le quartier musulman, la mémoire qui vit encore
Une ville qui se met en scène finit par poser une question : où est-ce qu'on vit encore vraiment ? À Xi'an, la meilleure réponse se trouve au nord-ouest de la tour de la Cloche, dans un dédale de ruelles serrées où vivent depuis plus de mille ans les Hui, musulmans sinophones de Chine.
La rue principale, Beiyuanmen (北院门), est devenue une artère touristique très fréquentée. Étalages de brochettes d'agneau qui grillent dans la fumée, soupes au mouton (paomo, soupe de pain trempé dans un bouillon parfumé), galettes de pain plat à la viande, fruits secs, marchands de souvenirs, vendeurs de glaces traditionnelles à la noix. Le soir, c'est saturé. On mange debout au milieu de la foule, on suit le mouvement, on prend des photos.

Beiyuanmen est la vitrine, et c'est aussi un piège pour le voyageur qui s'arrête là. Le vrai quartier musulman s'étend bien au-delà, sur plusieurs rues parallèles et perpendiculaires (Huajue Xiang, Damaishi Jie, Xiyangshi). Là, dans des ruelles que les groupes ne pénètrent pas, on rencontre une vie Hui authentique : petites boutiques de produits halal, fabricants traditionnels de chapeaux blancs, hommes en train de discuter en sortant de la prière, femmes en hijab qui font leurs courses, des enfants en uniforme scolaire. C'est dans ces rues qu'il faut marcher pour comprendre que ce quartier n'est pas un décor.
La mosquée Huajue (化觉巷清真大寺) est cachée au fond d'une de ces ruelles. Fondée au 8e siècle, structures principalement Ming, c'est l'une des plus anciennes et des plus belles mosquées de Chine. On y entre par un porche discret, on traverse une suite de cours à pavillons de bois, on découvre une salle de prière de bois rouge. Pas de dôme, pas de minaret, pas de coupole verte. Exactement comme la grande mosquée de Xi'an au sens large, comme la mosquée Najiahu du Ningxia ; l'architecture chinoise traditionnelle d'un islam acclimaté depuis mille ans.

La résonance avec Chang'an Tang est directe. Les Hui de Xi'an descendent en partie des marchands arabes et persans qui s'étaient installés à Chang'an dès le 8e siècle, et plus massivement des populations musulmanes d'Asie centrale déplacées vers l'intérieur chinois sous les Yuan (13e-14e siècle). Marcher dans le quartier musulman aujourd'hui, c'est croiser des descendants directs d'une présence cosmopolite qui faisait la grandeur Tang.
Le quartier musulman vit aujourd'hui une situation complexe. La vitrine touristique de Beiyuanmen a généré beaucoup de revenus, mais elle a aussi transformé le quartier ; les loyers ont explosé, certaines familles Hui sont parties habiter ailleurs, et la rue principale ressemble parfois à un Disneyland gastronomique. Mais la communauté Hui reste vivante, la prière du vendredi remplit toujours la grande mosquée et celle de Beiyuanmen, et le quartier reste l'un des rares endroits de Xi'an où la mémoire n'est pas mise en scène.
Aller à Xi'an : pour voir quoi, au juste ?
Xi'an est l'une des villes chinoises les plus accessibles. Aéroport international, TGV vers Pékin (4h30), Shanghai (6h), Chengdu (3h), Lanzhou (3h). Trois à quatre jours suffisent pour la ville et l'armée de terre cuite. Les meilleures saisons sont le printemps (avril-mai) et l'automne (septembre-octobre).
Pour ceux qui veulent prolonger au-delà des trois axes traités dans cette page, plusieurs autres lieux méritent le détour. Le Musée d'histoire du Shaanxi (陕西历史博物馆) est l'un des trois meilleurs musées de Chine, et probablement le meilleur pour comprendre la civilisation chinoise pré-Ming ; collections Zhou, Qin, Han et Tang exceptionnelles, parcours pédagogique remarquable, entrée gratuite mais réservation obligatoire à l'avance. Le Musée Beilin (碑林博物馆, forêt des stèles) rassemble plus de trois mille stèles gravées qui font l'histoire de la calligraphie chinoise, et incluent la fameuse stèle nestorienne de 781 qui atteste de la présence du christianisme d'Orient à Chang'an.

La Grande Pagode de l'Oie Sauvage (大雁塔), construite au 7e siècle pour abriter les manuscrits sanskrits rapportés d'Inde par le moine Xuanzang après seize ans de voyage, reste un site bouddhique vivant. À 120 km à l'est, le mont Huashan (华山) est l'un des cinq monts sacrés du taoïsme, célèbre pour ses sentiers vertigineux taillés dans la roche (à éviter en haute saison touristique chinoise). Et la gastronomie locale, ancrée dans la cuisine Shaanxi populaire (biangbiang mian, roujiamo le "hamburger chinois", paomo), mérite à elle seule plusieurs repas.
On ne va pas à Xi'an uniquement pour cocher l'armée de terre cuite. On y va pour comprendre ce qu'est devenue, dans la Chine d'aujourd'hui, la mémoire d'un empire disparu. C'est une ville qui se souvient, qui se met en scène, qui se rejoue par les corps de sa jeunesse, qui se commercialise massivement, et qui vit encore, dans ses interstices Hui, ce qu'elle prétend mettre en scène ailleurs. C'est cette complexité de ville-théâtre qui en fait l'intérêt, bien plus que la spectacularité de ses sites les plus connus.
Xi'an n'apprend pas une variante exotique de la Chine. Elle apprend à voir comment la Chine se raconte à elle-même son propre passé. Et cette leçon-là est précieuse, parce que tout le tourisme chinois fonctionne sur le modèle inventé ici.
À la tombée du jour, sur la place de la tour de la Cloche, les jeunes filles en hanfu continuent de poser pour leurs amies. La tour s'illumine. La foule s'agglutine. Quelque part dans le quartier musulman, à dix minutes de marche, un imam appelle à la dernière prière du soir. Les deux scènes sont à la même distance l'une de l'autre. Elles racontent toutes les deux la même ville.
