Chengdu, la Chine qui s'assoit et regarde passer le temps

Chengdu, la Chine qui s'assoit et regarde passer le temps

Chengdu, capitale du Sichuan et mégapole de plus de vingt millions d'habitants, est connue pour ses pandas, ses maisons de thé et sa cuisine épicée. Mais ce qui rend la ville vraiment particulière, c'est son rapport au temps. Pendant que la Chine accélère, Chengdu reste assise. Pas par hasard, et pas par folklore. Le résultat d'une histoire longue, d'un climat moite, d'une géographie protectrice, et d'une manière de vivre qui s'est obstinée à survivre à l'arrivée des tours, des startups et des livestreamers.

On marchait dans une rue de Chengdu, et Haixia s'est arrêtée net. Regardez ! Sur le trottoir, une femme avec une lampe frontale autour de la tête curait les oreilles d'un client allongé sur une chaise en osier.

À côté d'elle, sur un linge, des tiges en métal de différentes longueurs, certaines fines comme des aiguilles, d'autres plus larges, terminées par de petites plumes ou des touffes de coton.

Notre fille Hélène a dit : Je veux essayer.

J'ai regardé les tiges. J'ai regardé Hélène. J'ai dit : Tu es sûre ? Elle était sûre. La femme l'a installée, lui a incliné la tête sur le côté, et a commencé. Elle parlait doucement avec Haixia pendant qu'elle travaillait. Hélène souriait.

Elle m'a dit après : Ça chatouille un peu, en fait. C'est moi qui avais eu peur.

Le curage d'oreilles (掏耳朵, tāo ěrduo) est l'un de ces métiers qui existent encore à Chengdu parce qu'il y a encore des gens disposés à s'asseoir sur un trottoir pendant vingt minutes. Pas par tradition figée, par habitude. Et l'habitude, à Chengdu, ne s'efface pas vite.

Une ville qu'on n'a jamais vraiment rasée

Chengdu existe depuis plus de 2 300 ans. Au 3e siècle de notre ère, alors que la Chine éclate en trois royaumes, Liu Bei en fait la capitale du Shu Han, et son ministre Zhuge Liang y organise une administration restée légendaire. Le temple de Zhuge Liang (武侯祠, Wǔhóu Cí) est encore aujourd'hui l'un des lieux les plus visités de la ville.

Temple Wǔhóu Cí

Mais ce qui distingue Chengdu dans la longue histoire chinoise, c'est moins son ancienneté que sa continuité.

Pékin a été prise et reprise. Xi'an a été abandonnée, reconstruite, abandonnée encore. Luoyang a été rasée plusieurs fois. Nanjing a connu en 1937 le pire massacre du 20e siècle chinois.

Chengdu, derrière sa muraille de montagnes, a traversé les dynasties avec relativement peu d'interruptions catastrophiques. Pas toutes : les Mongols au 13e siècle ont fait des dégâts importants, et le séisme de 2008 a frappé sa périphérie. Mais beaucoup moins que la moyenne des grandes villes chinoises.

Quand une ville n'a pas eu à se reconstruire à chaque génération, elle transmet autrement. Des recettes, des gestes, des manières de s'asseoir. Au 8e siècle, alors que la rébellion d'An Lushan ravage le nord de la Chine, le poète Du Fu (杜甫, 712-770) trouve refuge à Chengdu et y vit quatre ans au bord d'une rivière, dans une chaumière où il écrit certains de ses plus beaux poèmes. Sa chaumière (杜甫草堂, Dù Fǔ Cǎotáng), reconstituée en parc, est aujourd'hui un lieu de pèlerinage littéraire.

Du Fu, comme tant d'autres, est venu à Chengdu pour échapper au tumulte. Il y est resté parce que la ville lui laissait écrire.

Le ciel bas, l'humidité, le cocon

Il y a une chose dont on parle peu et qui change tout : la lumière de Chengdu. Le ciel est rarement bleu. Le plus souvent, il est laiteux, bas, opaque. Le brouillard se mélange à l'humidité de la cuvette et à la pollution moderne pour produire une lumière tamisée, douce, qui éteint les contrastes et apaise les yeux. En été, il fait moite, lourd, et même dans les rues passantes on a l'impression que le bruit est étouffé par l'air.

Un vieux dicton chinois dit qu'au Sichuan, le chien aboie quand le soleil se lève. Parce qu'il ne se lève pas souvent, et que sa réapparition est un événement. Quand le soleil perce, à Chengdu, on le remarque. On lève la tête.

Ce climat n'est pas anodin. Il prédispose à rester sous un auvent plutôt qu'à courir sous la pluie tiède. Il rend la sieste légitime à toute heure. Il transforme la moindre cour intérieure en cocon.

Beaucoup de Sichuanais le disent eux-mêmes : c'est la lumière, autant que la cuisine ou l'histoire, qui rend les gens d'ici plus posés, plus enclins à parler doucement, à s'attarder. À Chengdu, le ciel pèse à peine, mais il pèse dans le bon sens : il ralentit.

Les maisons de thé, l'art de ne rien faire ensemble

Si vous voulez comprendre Chengdu, allez dans une maison de thé. N'importe laquelle. Le parc du Peuple (人民公园) en abrite plusieurs des plus célèbres, dont le salon du Heming, où l'on s'installe depuis plus d'un siècle. Mais il y en a partout, dans tous les quartiers, dans tous les parcs, parfois simplement sous un auvent en bordure d'une rue.

Vous arrivez, vous payez une dizaine de yuans, on vous donne une tasse, une soucoupe et un couvercle. Une dame passe avec une bouilloire en cuivre à long bec et vous resservira gratuitement toute la journée. Et c'est tout. Vous pouvez rester trois heures. Six heures. Toute la journée. Personne ne viendra vous demander si vous voulez autre chose.

Autour de vous, des retraités jouent au mahjong, et le claquement des tuiles est constant, rapide, étrangement apaisant. D'autres lisent le journal. D'autres dorment, la tête sur la table. Des familles partagent des graines de pastèque. Un coiffeur ambulant rase des nuques. Un cireur de chaussures fait briller des mocassins. Et parfois, une cureuse d'oreilles s'installe entre deux tables.

Hélène se fait curer les oreilles

À cent mètres de là, dans la rue commerçante, il y a un Starbucks bondé de jeunes Chengdunais en télétravail, MacBook ouvert, café glacé devant eux. Beaucoup d'entre eux passeront chez leurs grands-parents le week-end pour le hot pot. Les deux mondes coexistent sans drame.

Haixia, la première fois qu'on est venus ensemble, on a passé deux heures à observer les joueurs de mahjong sans rien dire. À la fin, elle m'a dit : Chez nous, à Shenyang, on ne ferait jamais ça. On boirait notre thé, on partirait. Le Nord-Est chinois où elle a grandi est une région d'hivers rudes, d'industrie lourde, de discipline. Chengdu, pour elle aussi, c'était une autre Chine.

Les Sichuanais ont un mot pour ça, qui n'existe pas en mandarin standard : 巴适 (bāshì). Ça veut dire confortable, agréable, qui va bien. C'est un mot du dialecte sichuanais que les Chengdunais utilisent à tout bout de champ pour décrire une situation, un repas, une après-midi, une vie. C'est leur équivalent du hygge danois ou du dolce far niente italien, mais nettement plus utilisé au quotidien. Que Chengdu ait inventé son propre vocabulaire pour dire cette qualité de vie posée dit déjà quelque chose.

Une cuisine qui prend le temps de vous engourdir

La cuisine de Chengdu n'est pas une cuisine du piment, c'est une cuisine du temps. On a tendance à la résumer au mala et à la sensation de brûlure. Mais quand on mange vraiment ici, on comprend que le piment n'est qu'un outil dans une stratégie plus large : celle de ralentir le mangeur.

Vous ne pouvez pas manger un hot pot sichuanais en quarante minutes. C'est physiquement impossible. Il faut faire bouillir le bouillon, attendre, plonger les ingrédients un par un, attendre encore qu'ils cuisent, pêcher avec ses baguettes, tremper dans la sauce maison qu'on a préparée soi-même (huile de sésame, ail écrasé, ciboule), parler entre deux bouchées, transpirer, boire, repartir. Un repas de hot pot peut durer trois heures. Et c'est le but.

Le mala (麻辣, l'engourdissant et l'épicé) n'est pas seulement une combinaison de saveurs, c'est un dispositif qui interdit la précipitation. Le piment vous force à respirer, le poivre de Sichuan vous engourdit la langue, vous devez ralentir entre chaque bouchée. La cuisine vous impose son rythme.

Et puis il y a tout ce qui n'est pas du hot pot. Les xiaochi (小吃), littéralement « petits plats », qui sont l'autre grande tradition de Chengdu : les nouilles dandan (担担面), les raviolis au piment (红油抄手), les chuàn chuàn (串串香, les brochettes qu'on plonge soi-même dans un bouillon), le mapo doufu (麻婆豆腐), le bingfen (冰粉, une gelée glacée servie avec du sucre brun, des fruits et des cacahuètes, parfois parfumée à la rose).

Le matin, à six heures, on mange debout devant une échoppe avec son bol de nouilles, en regardant les vieux faire leur taichi dans le parc.

Le piment n'est arrivé en Chine qu'au 17e siècle. À Chengdu, comme ailleurs dans la cuvette, il a fallu deux ou trois siècles pour qu'il devienne l'identité de la cuisine. Même pour adopter ce qui finira par la définir, la ville prend son temps.

Le piment n'est arrivé au Sichuan qu'il y a 300 ans. Comment un ingrédient américain est devenu le marqueur d'identité d'une province entière.

Le panda, mascotte involontaire d'une philosophie

Chengdu et le panda, c'est devenu un cliché. L'animal est partout : sur les panneaux de l'aéroport, sur les bouches d'aération du métro, sur la façade de l'IFS où un panda géant escalade le coin du building, sur les boutiques de souvenirs, sur les uniformes des employés municipaux. Le panda est l'identité visuelle officielle de la ville.

Mais le cliché cache une vraie cohérence. Un panda passe douze heures par jour à mâcher du bambou.

Il mâche lentement, les yeux mi-clos, sans hâte particulière. Il ne se justifie pas. Il ne court pas. Il oblige le monde à ralentir pour le voir.

Pandas, Chengdu

À la base de recherche de Chengdu (成都大熊猫繁育研究基地), un matin tôt avant l'arrivée des cars de touristes, on peut observer ce qu'aucun zoo occidental ne montre : des pandas qui n'ont rien à faire, et qui le font très bien. Ils mangent, dorment, se grattent, mangent à nouveau. Personne ne les chronomètre.

Le week-end, c'est une autre histoire. La base est l'une des attractions les plus visitées de Chine, avec des files d'attente d'une heure, des perches à selfie partout, et des familles qui courent d'un enclos à l'autre pour ne rien rater. Le paradoxe est savoureux : on se précipite pour voir des animaux qui ne se précipitent jamais.

Chengdu a fait du panda un instrument de soft power d'une efficacité redoutable. La Chine pratique la « diplomatie du panda » depuis les années 1950, mais c'est à Chengdu qu'on les élève, qu'on les soigne, qu'on les choisit pour être envoyés dans les zoos étrangers. Chaque panda à l'étranger est un ambassadeur. Et chaque ambassadeur revient, à terme, à Chengdu pour se reproduire. La ville a transformé un animal qui mâche en un instrument économique et diplomatique majeur.

De Wenshu à Jinli, la ville qui se laisse traverser

Chengdu se traverse en s'arrêtant souvent. La ville a une liste de monuments à cocher, comme toutes les villes, mais ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel, c'est qu'on peut y déambuler longtemps, dans différents quartiers, sans jamais avoir l'impression de perdre son temps.

Le monastère de Wenshu (文殊院) est l'un des temples bouddhistes encore actifs de la ville. On y entre par une grande porte, on traverse plusieurs cours, on respire la fumée d'encens, on regarde les moines en robe ocre passer en silence. Dans la cour latérale, il y a un salon de thé en plein air, sous des bambous, avec des chaises en bambou tressé. On peut y rester des heures. Les locaux le savent : ils viennent y déjeuner d'un repas végétarien dans le restaurant du monastère, puis prennent un thé en parlant à voix basse. Le sacré et le quotidien coulent l'un dans l'autre.

Monastère de Wenshu, Chengdu

La rue Jinli (锦里) est une rue piétonne reconstituée dans le style traditionnel, qui jouxte le temple de Zhuge Liang. C'est touristique au sens plein : une rue-musée plutôt qu'une rue, façades reconstituées, échoppes calibrées. Mais la nourriture de rue y est correcte, et on y déguste un thé en regardant un artisan tirer des bonbons de sucre brûlant en spirale. Il faut juste savoir que ce n'est pas un quartier vivant, c'est une mise en scène réussie.

rue Jinli, Chengdu

Le quartier de Kuanzhai (宽窄巷子), les « ruelles large et étroite », est un ancien quartier mandchou. On y vient pour boire un cocktail le soir, prendre un brunch le matin, photographier les façades de pierre grise. Là encore, l'essentiel a été reconstruit ou rénové en profondeur par un promoteur dans les années 2000. C'est joli, c'est confortable, c'est cher. Les loyers du centre de Chengdu ont triplé en quinze ans, et Kuanzhai est l'un des endroits où cette gentrification se voit le plus clairement.

quartier de Yulin, Chengdu

Plus authentique mais aussi très charmant, le quartier de Yulin (玉林), au sud, où les bars et les restaurants alternent avec des immeubles d'habitation des années 1980. Le soir, on y croise des livestreamers qui font leur live devant un mur en briques, des étudiants des Beaux-Arts, des trentenaires qui sortent du bureau. C'est là que vit une partie de la jeunesse artistique de Chengdu, et c'est là qu'on sent que la ville, même quand elle s'assoit, est aussi en train de se transformer en permanence.

quartier de Yulin, Chengdu

L'opéra du Sichuan, par fragments

L'opéra du Sichuan (川剧, chuānjù) a son cliché, et il a sa réalité. Le cliché, c'est le bian lian (变脸), le changement de masque : un acteur passe sa main devant son visage, et son masque change instantanément. Trois, quatre, dix fois de suite. C'est spectaculaire, c'est filmé, c'est devenu le numéro qu'on montre aux touristes.

La réalité est plus intéressante. À Chengdu, l'opéra du Sichuan ne se regarde pas comme un spectacle, on le déguste comme un repas. Dans les théâtres-maisons de thé du quartier de Qintai (琴台) ou à proximité de la rue Jinli, le public est assis à des tables, avec une tasse de thé fumante et des graines de pastèque. Le spectacle dure deux à trois heures, mais il est fait de séquences courtes et variées : un extrait d'opéra classique, un sketch comique, une démonstration de marionnettes, un acrobate, et bien sûr le bian lian.

opéra du Sichuan

On peut commencer à regarder, partir, revenir, parler à son voisin, manger des graines, reposer sa tasse. Personne ne vous demande de vous concentrer pendant trois heures. L'opéra fait partie de l'environnement, pas le contraire.

Chengdu qui court aussi

La ville est l'une des plus grandes économies de Chine, avec un PIB qui dépasse celui de Singapour ou de la Finlande. Elle abrite un aéroport international parmi les dix plus fréquentés du pays, deux lignes de train à grande vitesse vers Pékin et vers le Tibet, et l'un des plus grands systèmes de métro de Chine. Ses embouteillages, aux heures de pointe, sont comparables à ceux de Pékin.

Chengdu est un centre majeur de l'aéronautique chinoise. Les chasseurs J-10 et J-20 (les avions de combat les plus modernes de l'armée de l'air chinoise) sortent des usines de Chengdu Aircraft Industry Group. Une partie de cette implantation date des années 1960, quand Mao a déplacé l'industrie militaire stratégique vers l'intérieur du pays. Cinquante ans plus tard, l'industrie est restée et s'est diversifiée. Chengdu accueille aujourd'hui des centres de recherche de Tencent, ByteDance, Huawei et de nombreuses startups dans la biotech, l'intelligence artificielle, le jeu vidéo. Les jeunes ingénieurs des Beaux-Quartiers du sud font les mêmes journées que leurs collègues de Shenzhen ou de Hangzhou : douze heures, parfois plus, parfois six jours sur sept.

high-tech district, Chengdu

La pression scolaire qui pèse sur les enfants est, paradoxalement, l'une des plus fortes de Chine. Le gaokao au Sichuan est connu pour être très sélectif, et les parents investissent autant que les parents de Shanghai dans les cours du soir, le piano, l'anglais, le codage. La réputation détendue de la ville ne protège pas les enfants des manuels scolaires.

Chengdu est aussi la capitale officieuse du hip-hop chinois. Depuis le boom du groupe Higher Brothers (originaires de la ville) à la fin des années 2010, la scène locale est devenue l'une des plus actives du pays. Les clubs du quartier de Jiuyanqiao, le festival annuel d'électro, les soirées qui durent jusqu'à l'aube : Chengdu fait aussi la fête, intensément, et tard.

quartier de Taikoo Li, Chengdu

Le quartier de Taikoo Li (太古里) résume bien cette coexistence. Boutiques de luxe, restaurants étoilés, terrasses bondées de jeunes Chinois en sneakers de marque, livestreamers en plein direct devant un mur LED, et au milieu, le temple Daci (大慈寺), un monastère bouddhiste du 7e siècle où les moines continuent leurs offices comme depuis treize cents ans. On peut acheter un sac Louis Vuitton et brûler de l'encens dans le même quartier. Personne ne trouve ça contradictoire à Chengdu.

Et c'est ça qui rend la ville fascinante. Pas qu'elle soit lente, mais qu'elle réussisse, dans certains interstices, à préserver la pause au milieu d'une Chine qui accélère partout. La maison de thé du parc du Peuple existe encore, à cinq cents mètres d'un Starbucks bondé d'étudiants stressés par le concours. Le hot pot de trois heures coexiste avec les nuits blanches des startups. Le mahjong claque encore dans les cours pendant que les livestreamers vendent des compléments alimentaires sur la rue d'à côté. Chengdu ne s'oppose pas à la vitesse, elle l'absorbe en gardant ses interstices.

Visiter Chengdu

Si vous arrivez à Chengdu avec un programme serré et l'envie de tout cocher en quatre jours, vous repartirez fatigué, le palais en feu, et vous serez passé à côté.

Allez à Chengdu en sachant que vous allez vous asseoir. Beaucoup. Dans une maison de thé du parc du Peuple pendant trois heures, à observer les joueurs de mahjong. À une table de hot pot pendant une soirée entière. Sur un tabouret de trottoir pour vous faire curer les oreilles si l'envie vous prend. Devant les pandas qui mâchent, sans vous presser. Dans la cour du monastère de Wenshu, à boire un thé en regardant l'encens monter. À une terrasse de Taikoo Li, à observer la jeunesse de Chengdu commander des cocktails sous le regard d'un temple millénaire.

Et puis, quand vous repartez, vous remarquez quelque chose d'étrange. Vous n'avez pas vu tout ce que vous vouliez voir. Vous n'avez pas coché toutes les cases.

Et pourtant vous êtes content, vraiment content, d'une manière que vous n'aviez plus ressentie depuis longtemps. Vous diriez presque, si vous étiez sichuanais : hen bashi (很巴适). C'est très bien comme ça.

Hélène, elle, ne se souvient pas de tout. Mais quand on parle de Chengdu en famille, elle dit toujours la même chose. C'est là où je me suis fait curer les oreilles. Et elle sourit.

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