5 films de science-fiction chinois : la Chine qui se projette dans le futur

5 films de science-fiction chinois : la Chine qui se projette dans le futur

La science-fiction chinoise au cinéma est un phénomène récent. Alors que la littérature de SF chinoise existe depuis des décennies (Liu Cixin a remporté le prix Hugo en 2015 pour Le Problème à trois corps), le cinéma a mis du temps à suivre. Avant 2019, la Chine n'avait produit aucun blockbuster de science-fiction comparable aux productions hollywoodiennes. En l'espace de quelques années, tout a changé : The Wandering Earth a prouvé que c'était possible, sa suite a confirmé, et le genre est devenu un terrain d'investissement majeur pour l'industrie chinoise.

Ce qui frappe quand on compare la SF chinoise à la SF hollywoodienne, c'est la structure du récit. Dans le modèle américain, un héros individuel (souvent un homme blanc) sauve le monde grâce à son courage, son intelligence ou ses pouvoirs exceptionnels. Dans le modèle chinois, la solution est presque toujours collective. Dans The Wandering Earth, l'humanité entière embarque ; il n'y a pas de héros solitaire qui appuie sur le bon bouton au bon moment. Dans Moon Man, le personnage principal est un antihéros malgré lui, porté par la foule qui le regarde depuis la Terre.

Ce n'est pas un hasard. La SF chinoise hérite d'une vision du monde où le collectif prime sur l'individu, et où le rapport à la technologie est plus utilitaire que spectaculaire. Liu Cixin, dont l'œuvre irrigue tout le cinéma SF chinois actuel, l'a dit dans plusieurs interviews : la question qui l'intéresse n'est pas que ferait un héros face à la fin du monde ?, mais que ferait l'humanité ? Cette différence de perspective est la clé de lecture la plus importante pour aborder ces films.

L'autre particularité, c'est l'enracinement. Dans The Wandering Earth, on ne quitte pas la Terre pour coloniser Mars ; on emmène la Terre avec soi. On ne coupe pas le lien avec les racines, même pour survivre. Pour une culture qui accorde au sol, aux ancêtres et au lieu d'origine une importance structurante, ce choix narratif n'est pas anodin ; c'est une déclaration philosophique déguisée en scénario de blockbuster.

The Wandering Earth (流浪地球, Frant Gwo, 2019)

The Wandering Earth

Le soleil est en train de mourir. L'humanité décide de transformer la Terre en vaisseau spatial grâce à des propulseurs géants pour la propulser vers un autre système stellaire ; un voyage de 2 500 ans. Le film suit un groupe de sauveteurs pendant une crise qui menace de faire échouer le projet. Adapté d'une nouvelle de Liu Cixin, c'est le film qui a ouvert la porte : il a prouvé que la Chine pouvait produire de la SF à gros budget avec ses propres codes narratifs (pas de super-héros, pas de sauveur isolé, une solution d'ingénierie collective).

On reconnaît d'ailleurs sans peine dans le scénario la « communauté de destin pour l'humanité » (人类命运共同体, rénlèi mìngyùn gòngtóngtǐ), le concept-clé de la diplomatie de Xi Jinping, transposé en space opera : l'humanité entière unie dans un projet commun, sans hégémonie d'un pays sur les autres. Le film a rapporté près de 700 millions de dollars et a créé un précédent industriel. Ce n'est pas un chef-d'œuvre de subtilité narrative, mais c'est un film fondateur.

The Wandering Earth 2 (流浪地球2, Frant Gwo, 2023)

The Wandering Earth 2

Un film plus ambitieux que le premier. L'histoire se déroule avant les événements du premier volet : l'humanité découvre que le soleil va mourir et doit choisir entre deux plans de survie (déplacer la Terre ou numériser les consciences humaines). Andy Lau incarne un scientifique qui tente de "ressusciter" sa fille dans un monde numérique, ajoutant une dimension émotionnelle que le premier film n'avait pas.

Le film dure presque trois heures et brasse des questions de philosophie (qu'est-ce qu'une conscience ? qu'est-ce qui fait qu'une copie numérique est « vivante » ?) avec un budget d'effets spéciaux considérable. Il a été le premier film chinois à détrôner Avatar au box-office chinois lors de sa première semaine..

Moon Man (独行月球, Zhang Chiyu, 2022)

Moon Man

Un ingénieur (Shen Teng) se retrouve seul sur la base lunaire après que l'humanité a été évacuée suite à un impact d'astéroïde. Ses tentatives de survie sont diffusées en direct sur Terre, où il devient malgré lui un symbole d'espoir pour les survivants. Le film est une comédie avant d'être de la SF (il est aussi dans notre liste comédies), mais son traitement de la solitude spatiale et du regard collectif porté sur un individu ordinaire en fait un objet intéressant. Shen Teng incarne le contraire du héros spatial classique : maladroit, peureux, drôle malgré lui.

C'est Seul sur Mars version chinoise, avec un kangourou de compagnie et une mécanique comique qui n'aurait aucun sens à Hollywood. Le film a réalisé plus de 450 millions de dollars au box-office.

Warriors of Future (明日战记, Ng Yuen-fai, 2022)

Warriors of Future

Hong Kong, dans un futur proche. Après une catastrophe écologique, une plante extraterrestre envahit la ville. Une escouade de soldats en armures robotisées est envoyée pour la détruire, mais découvre que la plante pourrait aussi purifier l'atmosphère polluée. Le film est une production hongkongaise (portée par Louis Koo, qui l'a aussi produit et financé) avec un budget de 56 millions de dollars, ce qui en fait le film hongkongais le plus cher jamais réalisé.

C'est visuellement un film d'action SF très classique (armures, robots, explosions), mais son propos écologique le distingue : la question n'est pas seulement de détruire la menace, mais de se demander si la menace n'est pas aussi une solution.

Crazy Alien (疯狂的外星人, Ning Hao, 2019)

Crazy Alien

Un employé de zoo chargé des singes (Huang Bo) récupère un extraterrestre échoué et décide de le dresser comme un animal de cirque, tandis que la CIA le recherche. Adapté (très librement) d'une nouvelle de Liu Cixin, le film est une farce satirique qui utilise la SF comme prétexte pour renverser les hiérarchies : l'extraterrestre technologiquement supérieur est traité comme un singe, les Américains sont ridiculisés, et les deux losers chinois s'en sortent par la débrouillardise.

Ning Hao pousse le burlesque à un niveau qui a divisé le public (certains trouvent le film génial, d'autres insupportable), mais l'idée de fond est percutante : la Chine ne rêve pas d'aller dans l'espace ; c'est l'espace qui vient à elle, et elle le traite à sa manière. Le film a rapporté plus de 300 millions de dollars en Chine, sorti le même week-end que The Wandering Earth.

Cinq films, c'est peu. Mais la SF chinoise au cinéma n'a que quelques années d'existence. Ce qui est remarquable, c'est la vitesse à laquelle le genre s'est installé et la cohérence de sa vision : collectiviste, ancrée, pragmatique. La littérature chinoise de SF (Liu Cixin, mais aussi Hao Jingfang, Chen Qiufan, Han Song) est bien plus riche et plus ancienne que ce que le cinéma en a tiré jusqu'ici. Si l'industrie continue sur cette lancée (et les investissements massifs des studios chinois dans le genre suggèrent que oui), les prochaines années pourraient produire une vague de films qui changeront la façon dont le monde imagine l'avenir. Et cet avenir ne ressemblera pas à Hollywood.

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