Xicheng : le district de Pékin où le pouvoir habite au bord de l'eau

Xicheng : le district de Pékin où le pouvoir habite au bord de l'eau

Xicheng (西城区), occupe la moitié occidentale du vieux Pékin intra-muros, à l'ouest de l'axe impérial. C'est le district des lacs (Beihai, Houhai) et des enceintes murées, telles que le Zhongnanhai, siège fermé du pouvoir chinois. Là où Dongcheng aligne ses monuments sur l'axe, Xicheng garde ses lieux derrière des murs et des berges. On ne le visite pas tout à fait ; on l'habite, et on le devine.

À la tombée du jour, sur la colline de Jingshan, les visiteurs se massent face au sud. Les téléphones se lèvent tous en même temps, cadrent tous la même chose : la houle de toits jaunes de la Cité interdite, tirée au cordeau le long de l'axe.

Ce soir-là, j'ai fini par tourner la tête de l'autre côté.

Au nord et à l'ouest, pas de toits d'or, pas de file de pavillons photogéniques. Des arbres, des plans d'eau, des murs. Personne ne photographie ça. C'est pourtant là que commence Xicheng, et c'est déjà tout le district : le côté vers lequel on ne se retourne pas.

La colline elle-même appartient à cette histoire. On l'a édifiée avec la terre tirée du creusement des douves du palais et des lacs voisins. La même pelletée de terre qui a façonné les eaux du pouvoir a servi à élever le belvédère d'où on les regarde, sans les voir.

Comprendre Xicheng : l'eau, les murs et l'Ouest noble

Xicheng est le district où l'on réside et où l'on se retire. Avant la chute de l'empire, l'essentiel de la famille impériale et de l'aristocratie habitait ici. Le vieux dicton 东富西贵 (l'Est riche, l'Ouest noble) ne désigne pas la richesse qui s'expose en vitrine, mais le pouvoir qui se loge, près des lacs, derrière des murs. C'est l'envers exact de l'est marchand et cérémoniel.

Méfiez-vous quand même d'une image trop facile. On se figure volontiers ce « Xicheng des lacs » comme un lieu paisible et contemplatif. Passez une soirée au bord de Houhai et vous verrez l'inverse : des bars serrés, de la musique à plein volume, une foule dense. Ici, pas de lac de carte postale : l'eau ne se contemple pas, elle se fréquente.

La moitié Est du vieux Pékin concentre le long de l'axe impérial le plus grand nombre de monuments de la capitale, reliés par une obsession du temps.

Que voir à Xicheng, quartier par quartier

Beihai et Zhongnanhai : un jardin impérial coupé en deux

C'est le cœur de Xicheng, et son image la plus parlante. Juste à l'ouest de la Cité interdite s'étendait un seul jardin impérial, le Xiyuan (le parc de l'Ouest), organisé autour de trois plans d'eau reliés : la mer du Nord (Beihai), la mer du Centre (Zhonghai) et la mer du Sud (Nanhai). Un seul domaine, enclos d'un mur rouge. Puis on l'a coupé en deux.

Au nord, Beihai est devenu un parc public, l'un des plus anciens et des mieux conservés de Chine. Sur son île centrale, le Stupa blanc (Baita), de forme tibétaine, domine le lac ; sa silhouette répond au même geste politique des empereurs Qing que vous croisez à l'est, au temple des Lamas (le bouddhisme tibétain mobilisé comme instrument de pouvoir). On y canote l'été, on y patine l'hiver. Un Beihai détaillé pourrait à lui seul occuper une demi-journée.

Parc Beihai, lac, Dongcheng, Pékin

Au sud, Zhongnanhai (la contraction de Zhonghai et Nanhai) est devenu, après 1949, le siège du Parti communiste et du Conseil des affaires de l'État. Mao Zedong et Zhou Enlai y ont vécu. C'est sans doute l'endroit le plus fermé de Chine. Vous ne le visiterez pas. Vous pouvez seulement longer son long mur rouge sur l'avenue Chang'an, passer devant la porte Xinhua, et savoir que de l'autre côté, à quelques mètres, se décide le pays. Même eau, même mur rouge, même tradition de jardin que Beihai ; un destin radicalement inverse.

Zhongnanhai, Dongcheng, Pékin

Shichahai et Houhai : les lacs et la vie nocturne de Pékin

Au nord de Beihai, la chaîne se prolonge par Shichahai et ses lacs (Qianhai, Houhai, Xihai). À l'époque des Yuan, ces eaux étaient le terminus septentrional du Grand Canal, un port encombré de jonques venues du sud. Le commerce est parti, la vie au bord de l'eau est restée.

Le soir, la rive de Houhai s'allume comme une fête foraine : bars, enseignes, musique amplifiée, une jeunesse pékinoise mêlée aux visiteurs du monde entier. Quittez la berge de quelques mètres, enfoncez-vous dans les hutongs qui la bordent, et le bruit retombe d'un coup : cours sombres, vieux habitants, parties de cartes sur un tabouret. La même eau nourrit les deux. Le contraste n'oppose pas Xicheng à un ailleurs ; il vit à l'intérieur du district, entre la rive qui se vend et l'arrière-cour qui se vit.

Houhai, Pékin

Un détail pour les marcheurs : quand on passe des hutongs des tours du Tambour aux bars de Houhai, on franchit sans le savoir la frontière des deux districts. Les tours sont à l'est, dans Dongcheng ; la rive des bars, à l'ouest, dans Xicheng.

Le palais du prince Gong (Gongwangfu) : la plus grande résidence princière de Pékin

Pour toucher du doigt « l'Ouest noble », venez ici. Le Gongwangfu est la plus vaste et la mieux conservée des résidences princières de Pékin. Édifié à la fin du 18e siècle pour Heshen, le tout-puissant favori de l'empereur Qianlong et l'un des hommes les plus riches de son temps, le domaine échut plus tard au prince Gong, dont il garde le nom.

palais du prince Gong, Pékin

Ce n'est pas une maison, c'est un monde clos : des cours, des pavillons, et surtout l'un des jardins les plus raffinés de la capitale, avec ses rocailles, ses bassins et ses galeries couvertes. On dit parfois qu'il aurait inspiré le jardin du grand roman Le Rêve dans le pavillon rouge ; l'attribution est incertaine, mais elle situe bien ces demeures dans l'imaginaire chinois. La noblesse, non pas en représentation, mais chez elle.

Niujie et Baiyunguan : la mosquée hui et le temple taoïste

Le quartier de Niujie (la rue du Bœuf) abrite la plus ancienne et la plus grande mosquée de Pékin, fondée sous la dynastie Liao, et le cœur historique de la communauté hui (les musulmans chinois) de la capitale, installée là depuis les Yuan.

Plus à l'ouest, Baiyunguan (le temple du Nuage blanc) est l'un des grands temples taoïstes de Chine, foyer majeur de l'école Quanzhen.

Temple du nuage blanc, Pékin

Le vieux dicton n'a pas menti en disant « l'ouest noble » ; il a seulement oublié de compter ces mondes-là, populaires et religieux, qui habitent le district depuis aussi longtemps que les princes. La clé du pouvoir éclaire une logique, pas la totalité de la vie.

Financial Street : le centre financier de Pékin

Poussez encore à l'ouest jusqu'à Financial Street (金融街). Là se concentrent la banque centrale, les régulateurs et les sièges des grandes banques du pays. Rien de clinquant : c'est, discrètement, le centre névralgique de la finance chinoise. On a parfois l'impression que le pouvoir a simplement changé de costume. De Zhongnanhai à Financial Street, à quelques rues d'écart, la même vieille logique : ici se loge ce qui décide.

Financial Street, Pékin

Xicheng aujourd'hui : pouvoir fermé, ville ouverte

Ce serait trop commode de dire que l'ouest cache pendant que l'est montre. Houhai s'expose en pleine lumière, les lacs sont à tout le monde, Financial Street ne se dissimule pas. Xicheng mêle l'éclat et la fermeture, parfois dans la même rue : le pouvoir le plus verrouillé du pays et la fête la plus ouverte de la ville se côtoient à quelques centaines de mètres.

L'hiver, quand les lacs gèlent, des familles entières viennent patiner sur ces eaux jadis impériales, sous les fenêtres du pouvoir. La vie ordinaire s'installe sur le décor du prestige.

C'est pourquoi Xicheng ne se coche pas comme une liste de sites. On ne le visite pas vraiment, on le parcourt ; le plaisir y est d'ambiance plus que de monument. Assumez-le : ici, marcher le long d'un mur sans savoir ce qu'il garde fait partie du voyage.

Les murs sont restés, l'eau aussi. Ce qui change, c'est ce qu'ils protègent.

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