7 femmes réalisatrices du cinéma chinois

7 femmes réalisatrices du cinéma chinois

Ann Hui, Jia Ling, Vivian Qu, Sylvia Chang, Chloé Zhao... Longtemps invisibilisées dans les récits officiels du cinéma chinois, les réalisatrices produisent pourtant une œuvre riche, souvent tournée vers les marges ou vers l'intime. Sept portraits pour rétablir l'équilibre.

Dans la plupart des articles consacrés au cinéma chinois, les femmes brillent par leur absence. La cinquième génération, celle qui a émergé dans les années 1980, est presque toujours résumée à ses figures masculines (Zhang Yimou, Chen Kaige, Tian Zhuangzhuang). Les générations suivantes subissent le même traitement. Et pourtant, des femmes font du cinéma chinois depuis très longtemps, à un très haut niveau, avec une pluralité de styles et de géographies (continent, Hong Kong, Taïwan, diaspora).

Cet angle mort s'explique en partie par la structure du milieu, majoritairement masculin à tous les étages (producteurs, financeurs, institutions). Mais il tient aussi à une logique de prescription : les palmarès occidentaux ont longtemps privilégié une certaine idée du « cinéma chinois » (grandes fresques historiques, cinéma d'auteur contemplatif) où les réalisatrices étaient peu représentées.

Les choses bougent. Nǐ hǎo, Lǐ Huànyīng de Jia Ling est devenu en 2021 le plus gros succès au box-office mondial jamais réalisé par une femme. Chloé Zhao a remporté l'Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation en 2021 pour Nomadland. Vivian Qu est régulièrement sélectionnée dans les grands festivals. Voici sept réalisatrices qui, chacune à leur manière, recomposent la carte.

Ann Hui

Ann Hui

L'une des voix fondatrices du cinéma hongkongais. Née à Anshan dans le nord-est de la Chine en 1947, d'un père chinois et d'une mère japonaise, Ann Hui (许鞍华) arrive enfant à Macao puis à Hong Kong. Elle appartient à la Nouvelle Vague hongkongaise de la fin des années 1970 et a été récompensée six fois par le Hong Kong Film Award de la meilleure réalisation. Lion d'or d'honneur à Venise en 2020. Son cinéma, patient et humaniste, s'attache aux figures invisibles : personnes âgées, domestiques, réfugiés, femmes seules. À voir en premier : A Simple Life (2011), The Golden Era (2014).

Sylvia Chang

Sylvia Chang

Taïwanaise, née en 1953, Sylvia Chang (张艾嘉) est une figure multi-générationnelle du cinéma sinophone. Actrice d'abord (dans des films d'Edward Yang, de Johnnie To, de Stanley Kwan), scénariste, productrice, et réalisatrice à partir des années 1980. Son cinéma s'intéresse aux relations familiales, aux générations, aux femmes qui se cherchent à différents âges de la vie. 20 30 40 (2004) suit trois femmes d'âges différents à Taipei. Love Education (2017) explore la transmission entre trois générations. Un cinéma sensible, souvent écrit depuis le point de vue féminin, qui circule librement entre Taïwan, Hong Kong et le continent.

Jia Ling

Jia Ling

Phénomène récent, déjà historique. Comédienne de stand-up connue pour ses apparitions au gala télévisé du Nouvel An chinois, Jia Ling (贾玲) réalise en 2021 son premier film, Nǐ hǎo, Lǐ Huànyīng (你好,李焕英), inspiré de la mort de sa propre mère. Le film dépasse les 820 millions de dollars de recettes et devient le plus gros succès au box-office jamais réalisé par une réalisatrice, toutes nationalités confondues. Elle confirme en 2024 avec YOLO (热辣滚烫), dans lequel elle joue une femme en surpoids qui se réinvente par la boxe (elle perd cinquante kilos pour le rôle). Un cinéma populaire, émotionnel, filmé depuis une perspective féminine qui parle aux Chinoises de leur mère, de leur corps, de leurs choix.

Venue du stand-up et longtemps connue pour son physique à contre-courant des canons de l'industrie, elle incarne un basculement du cinéma chinois.

Vivian Qu

Vivian Qu

Née à Pékin, formée aux États-Unis, Vivian Qu (文晏) est l'une des voix les plus aiguës du cinéma chinois contemporain. Elle a d'abord produit (notamment Black Coal de Diao Yinan, Ours d'or à Berlin en 2014) avant de passer à la réalisation. Son deuxième long métrage, Angels Wear White (嘉年华, 2017), raconte l'agression sexuelle de deux jeunes filles dans une ville côtière, à travers le regard d'une réceptionniste d'hôtel adolescente. Film frontal, politique, sensible, sélectionné à Venise. Vivian Qu est la preuve qu'un cinéma chinois féminin peut aborder des sujets explosifs sans sombrer dans le militantisme ni dans la complaisance.

Chloé Zhao

Chloé Zhao

Cas passionnant, à la fois chinoise et américaine. Née à Pékin en 1982, Chloé Zhao (赵婷) quitte la Chine à quinze ans, fait ses études au Royaume-Uni puis aux États-Unis. Ses trois premiers films, tournés aux États-Unis, explorent les marges américaines : communautés amérindiennes (Les Chansons que mes frères m'ont apprises), rodéo (The Rider), nomades modernes (Nomadland). En 2021, Nomadland lui vaut l'Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation, faisant d'elle la première femme d'origine asiatique récompensée dans cette catégorie. Elle enchaîne avec Eternals pour Marvel. Sa place ici pose une vraie question (est-elle encore « chinoise » ?) qui est précisément ce qui la rend intéressante : la Chine, c'est aussi sa diaspora.

Yang Lina

Yang Lina

Voix indépendante du cinéma chinois continental. D'abord danseuse, puis documentariste, Yang Lina (杨荔钠) passe à la fiction dans les années 2010 avec un regard tourné vers les femmes et la famille. Longing for the Rain (2013) suit une femme mariée de Pékin dont la vie bascule dans une obsession amoureuse imaginaire. Spring Tide (2019) met en scène trois générations de femmes dans un même appartement, un film sur la transmission, le silence et les non-dits familiaux. Son cinéma est discret, tendu, nourri par son expérience documentaire. Elle incarne une voie intermédiaire entre l'auteur exigeant et le récit accessible.

Teng Congcong

Teng Congcong

Nouvelle génération. Son premier long métrage, Send Me to the Clouds (送我上青云, 2019), suit une journaliste de trente ans qui apprend qu'elle a un cancer des ovaires et décide de vivre pleinement le temps qui lui reste, notamment en cherchant le plaisir sexuel. Le film a marqué en Chine pour sa manière directe d'aborder la sexualité féminine, le désir et la solitude, sujets rarement traités frontalement dans le cinéma grand public chinois. Un premier film qui a installé Teng Congcong (滕丛丛) comme une voix à suivre, représentative d'une génération de trentenaires chinoises qui remettent en question les attentes sociales.

Une scène qui s'affirme

Ces sept réalisatrices ne forment pas une « école » ni un mouvement. Elles travaillent dans des registres très différents, parfois opposés (comédie grand public pour Jia Ling, cinéma engagé pour Vivian Qu, méditation contemplative pour Yang Lina). Ce qu'elles ont en commun, c'est d'occuper, chacune à sa manière, une place longtemps niée dans le récit du cinéma chinois.

D'autres noms mériteraient leur portrait : Huang Ji, Zhang Yuqi, ou encore Barbara Wong Chun-chun à Hong Kong. La scène est en expansion, portée notamment par l'émergence d'un public féminin massif qui réclame, et finance, des récits qui lui ressemblent. Le chiffre est frappant : Nǐ hǎo, Lǐ Huànyīng et YOLO ont prouvé qu'un cinéma écrit et réalisé par une femme, parlant aux femmes, pouvait dominer le box-office d'un pays d'un milliard et demi d'habitants. C'est probablement la transformation la plus importante du cinéma chinois des cinq dernières années, et elle vient d'où on ne l'attendait pas.

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