On répète partout la même phrase : « pour la Chine, il suffit désormais d'un passeport ». C'est presque vrai. Le visa de court séjour a bel et bien disparu pour les Français. Mais les formalités, elles, n'ont pas disparu. Elles ont simplement changé de place.
À quelques heures de l'atterrissage, une hôtesse remontait l'allée avec une pile de petits papiers blancs. Les habitués sortaient déjà leur stylo ; les autres se penchaient vers le voisin pour savoir quoi inscrire dans la case « adresse en Chine ». On posait le carton en équilibre sur la tablette, on recopiait son numéro de passeport, on rendait le tout à un agent derrière sa vitre. Cette scène n'existe plus.
Le petit papier n'a pas été supprimé : il a déménagé. Il vit désormais dans votre téléphone. Et il n'est que la partie visible d'un mouvement bien plus large : ces dernières années, la frontière chinoise s'est numérisée.
C'est là tout le paradoxe. On entre plus facilement en Chine, c'est vrai. Mais les formalités n'ont pas été allégées : elles ont été déplacées. Du consulat vers l'écran. De « longtemps avant » vers « juste avant ». Du visible vers l'invisible.
La bonne question n'est donc plus « de quels papiers ai-je besoin ? », mais « à quel moment, et depuis où ? ».
Avant de réserver : ai-je besoin d'un visa ?
Pour un séjour de 30 jours ou moins, non. Jusqu'au 31 décembre 2026, les titulaires d'un passeport ordinaire français entrent en Chine continentale sans visa, à condition que le motif entre dans l'une de ces catégories : tourisme, affaires, visite familiale, échanges (culturels, sportifs, académiques) ou transit.
Aucune démarche préalable, aucune photo, aucun rendez-vous. Vous arrivez, vous entrez.
La règle est simple, et c'est la seule qui soit officiellement et clairement établie pour les Français : 30 jours consécutifs par entrée. Ils se comptent à partir du lendemain de votre arrivée, vous pouvez rester jusqu'à la fin du 30e jour, et il n'existe pas de prolongation possible sur place. Au-delà de 30 jours, un visa redevient nécessaire.
Côté passeport, deux conditions simples : il doit être valable au moins six mois après votre date d'entrée, et comporter au moins deux pages vierges. Attention : seul le passeport ordinaire ouvre droit à l'exemption. Le passeport d'urgence (couverture grise, délivré rapidement en mairie) et le passeport de service ne sont pas acceptés.
Dans les 72 heures avant le départ : la carte d'arrivée en ligne
Elle remplace un geste que tous les habitués de la Chine connaissaient : le petit formulaire papier distribué dans l'avion.
Depuis le 20 novembre 2025, la Chine a basculé cette carte d'arrivée en ligne. Elle est désormais obligatoire pour tous les voyageurs étrangers entrant sur le territoire, quel que soit le mode d'entrée (air, terre ou mer).
Quand la remplir ? Dans les trois jours (72 heures) précédant votre arrivée. Pas avant.
Où ? Par l'un des canaux officiels de l'Administration nationale de l'immigration (NIA) :
- le site officiel de la NIA, version ordinateur ou version mobile ;
- l'application « NIA 12367 » ;
- le mini-programme dédié sur WeChat ou Alipay ;
- scanner ce QR code.

On y renseigne les informations habituelles : identité, numéro de passeport, vol, adresse du premier hébergement, motif et durée du séjour. Quelques minutes suffisent. À la fin, vous obtenez une confirmation sous la forme d'un QR code. À votre arrivée en Chine, il vous suffira de le présenter aux agents de l'immigration (sur l'écran de votre téléphone). Ils le scanneront pour accéder à votre dossier, ce qui accélère considérablement le passage.
Et si je l'oublie ou si je n'ai pas de connexion avant de partir ? Ce n'est pas bloquant. À l'arrivée, vous pouvez encore la remplir sur les bornes en libre-service des points de passage. Mais selon l'affluence, et après onze heures de vol, c'est une source de stress non négligeable. Autant le faire chez soi.
Quelques voyageurs en sont dispensés : les titulaires d'une carte de résident permanent étranger en Chine, les titulaires du permis de circulation continentale pour résidents de Hong Kong et Macao, et les détenteurs d'un visa de groupe.
Ce qu'il faut pouvoir présenter
Ne pas avoir de visa ne veut pas dire arriver les mains vides. Trois choses, simples mais utiles à anticiper.
Un billet de sortie. Vous devez pouvoir prouver que vous quitterez la Chine dans les 30 jours. Dans les faits, l'immigration chinoise le contrôle rarement, mais la compagnie aérienne, elle, peut refuser l'embarquement au départ de la France si vous n'avez pas de preuve de sortie. Un billet retour ou un billet vers une autre destination règle la question (au besoin, un billet souple ou bon marché vers un pays voisin).
Une adresse pour les premières nuits. Même si la suite de l'itinéraire reste ouverte, ayez un point de chute pour l'arrivée. Il vous servira aussi à remplir la carte d'arrivée et la déclaration de résidence (voir plus bas).
Une assurance voyage. Elle est rarement contrôlée à l'entrée, mais vivement conseillée. La Chine n'a pas de système de santé gratuit pour les visiteurs, et une consultation peut vite coûter cher, surtout dans les hôpitaux internationaux. Privilégiez une couverture qui inclut les frais médicaux à l'étranger et le rapatriement.

Dans les 24 heures après l'arrivée : se déclarer
Tout voyageur étranger doit signaler son lieu de résidence à la police locale dans les 24 heures suivant son arrivée. La règle a l'air contraignante ; en pratique, elle est presque invisible.
Si vous logez à l'hôtel, la formalité est faite pour vous, automatiquement, à l'enregistrement. Vous n'avez rien à faire.
Si vous êtes hébergé chez des amis ou dans un logement loué entre particuliers, la déclaration se fait désormais via WeChat ou le site de la police locale (au pire, se rendre au poste de police du quartier). Rien de compliqué, mais une étape à ne pas oublier, en particulier si vous séjournez en famille en dehors des circuits hôteliers.
Hong Kong, Macao, Taïwan : trois régimes à part
Ils sont la Chine, et en même temps ils ne le sont pas tout à fait. Pour vous, voyageur, cela se traduit par des règles d'entrée distinctes de celles du continent.
Pour les trois, aucun visa n'est requis pour les Français qui séjournent moins de 90 jours. Vous arrivez avec votre passeport, et vous entrez. La seule vigilance porte sur la validité du passeport : trois mois minimum pour Hong Kong et Macao, six mois pour Taïwan. Comme partout, on peut vous demander un billet de sortie.
Rester plus longtemps : deux chemins
L'exemption ouvre une seule porte : celle des séjours courts. Pour aller au-delà, deux voies existent, et il vaut mieux ne pas les confondre.
Le détour par Hong Kong ou Macao. Quitter la Chine continentale met fin à votre période de 30 jours en cours. On me demande souvent si un saut à Hong Kong ou Macao suffit à rouvrir une nouvelle période de 30 jours. La réponse n'est pas écrite : les textes officiels ne disent rien sur la fréquence des entrées.
Sur le terrain, le procédé a fonctionné pour certains voyageurs ; je n'en conclus pas pour autant qu'il marche à coup sûr. Chaque nouvelle entrée reste à l'appréciation de l'officier d'immigration, qui peut très bien la refuser s'il estime que vous cherchez à résider sans titre de séjour. Le passage par une région administrative spéciale relève d'une zone grise, ce n'est pas une garantie.

Le visa classique. Pour étudier, travailler, rejoindre un proche installé en Chine, ou rester au-delà de ce que l'exemption autorise, il faut un visa. Les principales catégories : X pour les études, Z pour le travail, S pour la famille d'un résident étranger, Q pour la visite familiale longue auprès d'un citoyen chinois, M pour les activités commerciales prolongées. La demande se fait en ligne, puis en personne dans un centre de visa chinois en France. Bonne nouvelle au passage : jusqu'au 31 décembre 2026, les demandeurs d'un visa de court séjour (moins de 180 jours) sont dispensés de prise d'empreintes en France.
Si un imprévu vous empêche de repartir à temps
Il arrive qu'on ne puisse pas quitter la Chine dans les délais : un accident, une hospitalisation, un proche dont l'état se dégrade. Ce cas exceptionnel mérite quelques lignes, parce que la bonne réaction n'est pas intuitive.
La règle d'or tient en un mot : anticiper. Ne laissez jamais votre séjour autorisé (exemption ou visa) arriver à expiration en espérant régulariser après coup. Présentez-vous au bureau chargé des entrées et sorties (rattaché au Bureau de la sécurité publique), si possible accompagné d'une personne chinoise qui pourra traduire et fluidifier les démarches. Expliquez la situation, apportez de quoi la justifier (certificat médical, justificatif d'hospitalisation), et une prolongation pourra être étudiée. La demande se dépose plusieurs jours avant l'échéance, jamais le dernier jour.
Pourquoi cette insistance ? Parce que rester au-delà de la durée autorisée, même de bonne foi, fait basculer dans le séjour irrégulier : une amende qui grimpe chaque jour, parfois une rétention administrative, et surtout le risque d'une interdiction de revenir en Chine, jusqu'à cinq ans. Se présenter avant l'échéance, dossier en main, change tout : on passe d'une infraction constatée à une demande examinée.
Le tempo plutôt que la paperasse
Pendant longtemps, préparer un voyage en Chine signifiait surtout réunir des papiers. Aujourd'hui, il faut surtout comprendre le moment où chaque démarche doit être faite.
Ce n'est pas forcément plus compliqué. C'est simplement une autre manière d'organiser la frontière.
Et c'est souvent le premier contact avec une Chine qui, elle aussi, a changé de rythme.



