À 20 ans, je ne m'intéressais pas à la Chine.
Par indifférence.
J'étais en Gironde, je cultivais des bonsaïs, et je rêvais du Japon. Le Japon, c'était l'élégance, la précision.
La Chine ? Un pays lointain dont on me parlait surtout pour les mauvaises raisons. Je n'avais jamais songé à m'y intéresser vraiment.
Puis j'ai rencontré Haixia (海霞).
Elle venait de Shenyang, elle étudiait l'informatique en France. Elle était discrète, observatrice. Et elle allait changer ma vie d'une façon que je n'aurais jamais pu anticiper. Pas parce qu'elle était chinoise.
Parce qu'elle m'a permis de découvrir (vraiment découvrir) un pays que je n'avais jamais daigné considérer.
Le jour où j'ai compris que je ne savais rien
Au début, les fêtes traditionnelles chinoises n'étaient pour moi que des festivités. Des gâteaux de lune, des lanternes, une ambiance colorée.
Puis j'ai commencé à me renseigner. J'ai lu l'histoire de Chang'e, découvert pourquoi le cercle parfait de la lune symbolise la famille réunie, appris que lors de la Fête de la Mi-Automne, les vivants et les morts sont censés être les plus proches.
J'en ai parlé avec Haixia.
Je regardais des symboles. Elle me montrait un système de pensée complet.
C'est ce jour-là que j'ai compris deux choses :
La première : je ne savais vraiment rien sur la culture chinoise. Juste des clichés que j'avais pris pour des connaissances.
La seconde : ça allait prendre des années de vraiment commencer à comprendre. Et que ça en vaudrait la peine.

Ce que ça m'a coûté
Aimer une Chinoise quand on est français, ça ne se limite pas aux plaisirs de la table. Ça, c'est la partie facile.
Ce qui est difficile (vraiment difficile) c'est accepter que la moitié de nos certitudes sur le monde étaient fausses
Que notre façon de mesurer la réussite n'est pas universelle.
Que notre obsession pour l'individualisme n'est pas la seule logique cohérente.
Que notre mépris inconscient pour une civilisation de 5000 ans était juste de l'ignorance.
J'en ai pris conscience assez vite.
Mais quitter ses vieux réflexes, arrêter de porter sur la Chine ce regard condescendant que j'avais hérité sans m'en rendre compte ; ça, ça m'a pris des années.
Pas parce que c'était difficile à comprendre intellectuellement.
Parce que ça me demandait de remettre en question ce que je prenais pour acquis depuis toujours.
Pourquoi Chine365 existe
L'idée a germé pendant la période du Covid-19. La Chine était au devant de la scène, avec son lot de clichés, de préjugés, de caricatures.
Dire du mal de la Chine faisait vendre les gros titres.
Ce qui m'a le plus frappé, c'est le fossé béant entre la Chine réelle et celle qu'on présente en France. Cette tendance à comparer de manière binaire deux pays que tout oppose, cette approche réductrice adoptée par tant de médias... J'ai réalisé que je ne pouvais pas rester spectateur.
Personne ne montrait la Chine telle qu'elle se vit de l'intérieur.
Alors, j'ai fait ce que je sais faire : créer des sites web. Sauf que cette fois, ce n'était pas un projet technique. C'était une nécessité.
Chine365 est né de cette constatation simple : le monde ne connaît pas la vraie Chine. Et ce n'est pas faute de ne pas essayer ; c'est faute de ne pas savoir où regarder.
Ce site, c'est où regarder.
Ma vie, ma famille, ma Chine
Haixia est arrivée de Shenyang à 22 ans pour étudier en France. Elle n'a jamais vraiment quitté la Chine ; elle l'a emportée avec elle, dans sa façon de cuisiner, d'éduquer nos enfants, de voir le monde.
Nous avons deux enfants, Hélène et Alex. Ils parlent français à l'école, chinois avec leur mère. Ils célèbrent le Nouvel An chinois autant que Noël. Ils sont, chaque jour, la preuve vivante que ces deux civilisations peuvent coexister et s'enrichir mutuellement.
Quand Hélène me dit qu'elle est fière que son papa ait créé un beau site sur la Chine, le pays de sa maman, je sais que j'ai fait le bon choix.

L'écriture : transmettre ce que j'ai vu
Pendant des années, j'ai observé sans écrire.
Puis j'ai réalisé que tout allait se perdre. Les conversations avec Haixia, les scènes dans les rues de Pékin, les repas de famille où je sentais quelque chose d'immense se passer devant moi sans pouvoir tout saisir ; ces moments méritaient d'être gardés.
Pas pour moi. Pour vous.
J'écris pour partager ce que j'ai vu. Ce que j'ai compris. Ce que j'ai mal compris. Et ce que j'essaie encore de comprendre.
Pas pour enseigner. Pas pour convaincre.
Parce que la Chine n'est pas un sujet qu'on termine un jour.
C'est un dialogue qui continue.




